Je viens de les voir, toutes alignées, une armée entière prête à attaquer, sur la terrasse. Ou presque. Je devrais plutôt dire que l’embuscade se passera plus précisément au niveau de la porte-fenêtre. Je ne sais pas combien elles sont mais elles sont plus nombreuses que moi. En même temps, je suis tout seul, ce n’est pas difficile d’être plus nombreux que moi. Ça a été quasiment comme ça toute ma vie, à force, j’ai fini par me faire à cette idée. Et j’ai fait avec. Et je vais encore faire avec. Sauf que là, cet après-midi, je pense que je vais essayer de contourner l’obstacle. Je n’ai pas envie de gérer un nouveau problème.

En plus de ça, je sais qu’il n’y a rien contre elles. Aucun aérosol n’existe pour les contrer. Pas d’insecticide parce que ne sont pas des insectes. Pas de déodorant pour les toilettes parce que ce ne sont pas des mauvaises odeurs ni des bactéries. Pas de brumisateur genre Évian car en ces temps humides, ça ne sert strictement à rien. Je suis en train de me demander si je vais les ignorer jusqu’à ce qu’elles disparaissent ou si je vais tenter quelque chose mais j’avoue que je n’ai pas très envie, pas du tout envie d’en ramasser sur le coin de la figure. Il y a des jours comme ça où je ne supporte pas grand-chose. Comme aujourd’hui.

Sinon, je peux aussi m’en aller voir un film au cinéma et peut-être qu’à mon retour, dans deux ou trois heures, elles auront disparu. Mais vous savez quoi ? Ma main à couper (laquelle ?) que non. Elles seront forcément encore là. À me narguer. Parce que c’est à cause de ce temps humide, pluvieux, mouillé qu’elles sortent et viennent s’installer là. Les jours où il fait grand soleil, il n’y en a jamais. Alors, ma foi, toutes ces gouttes qui dépassent, en rang d’oignons, du mini-auvent de la porte-fenêtre, qui n’attendent que j’ouvre celle-ci pour me tomber sur la tête, je n’en veux pas sur moi. Qu’elles restent où elles sont. Elles se lasseront avant moi.