Ce matin, j’ai vécu un moment à la fois extraordinaire et banal. Banal parce que ce moment-là était quasiment le même pour tous les autres, pour tous ceux que j’ai croisés. Que ce soit sur le chemin pour aller à la station de tram ou dans ce dernier ou encore, dans les rues, autour de la place des Quinconces. Il était à peine huit heures quand je suis sorti de chez moi. Le jour, cette grosse feignasse, était encore au lit et se tapait comme une grasse matinée, ce qui est inadmissible, un lundi matin. Le dimanche, passe encore mais le lundi… Non. Alors, le soleil s’est chargé de le rappeler à l’ordre et j’ai fini par le voir se lever dans des couleurs magnifiques. Parfois au simple travers des arbres dénudés par l’hiver.

Dans le tram, j’ai lu quelques pages du roman qui me suit partout, actuellement et ce n’était pas sans une certaine difficulté. Car j’ai beaucoup aimé observer les gens autour de moi, dans le tram. Les deux gamins assis, dont le plus grand des deux a fermé les yeux, sans doute trop fatigué dès le matin ; la dame qui tenait un gros livre ouvert en sa moitié ; quatre ou cinq personnes dans les deux mètres environnants qui étaient leurs yeux rivés sur leur smartphone ; d’autres, les regards vides, des cernes partout, sans doute en proie à une forme de désespoir : celui que le week-end soit déjà terminé… Et moi, moi, qui me sentais bien, en pleine forme et en pleine possession de mes modestes moyens. Presque heureux d’être là.

Heureux de ne devoir prendre le tram que pour aller chercher les journaux, en faisant un crochet le long de la Garonne. Heureux ensuite de marcher un peu pour aller rejoindre la ligne de bus qui allait me ramener chez moi. Et heureux d’aller chercher mon pain pour la journée et mon sandwich de demain matin. Heureux d’être dans cette mouvance sans y être contraint. Sans avoir à aller travailler. Le lundi matin, pour moi, c’est comme un jour faisant partie du dimanche. Ce ne sera pas la même chose, dès ce soir et après une courte nuit de sommeil. Mais là, en l’occurrence, j’étais bien, il ne faisait pas très chaud mais c’était tout à fait supportable. J’étais un peu comme un homme libre. Juste à vivre avec son temps présent.