Imaginez un peu Marie Viairge (si, si, c’est son vrai nom) qui est en train de transporter plusieurs flacons d’huile d’olive alors qu’elle est enceinte jusqu’aux yeux et qu’elle ne le sait peut-être même pas parce qu’elle serait comme Marie-Thérèse, la bonne des Le Quesnoy dans la Vie est un long fleuve tranquille, grosse mais sans avoir couché. Un peu comme notre arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière puissance mille trisaïeule Marie, qui s’est retrouvé à porter l’enfant de Dieu sans avoir rentré du bois… On ne nous la refait pas, à nous, cette histoire. Si tu es pleine, c’est que tu as couché. Mais à l’époque, il n’y avait pas le hashtag balance-ton-porc, donc, elles préféraient ne rien dire, ces pauvres filles. Il faut se demander si on les aurait seulement écoutées, ces temps reculés.

Et Marie Viairge, de trébucher contre une bite d’amarrage (évidemment, puisqu’elle habite au bord de la mer) et de renverser son panier. Et de casser une ou plusieurs bouteilles de cette bonne huile d’olive qu’elle devait livrer au charpentier, le père Joseph, à quelques rues de chez elle. Tourner à droite après la place de la mairie et ensuite, la première à gauche. Ça n’a aucun intérêt que je vous précise ça mais ça remplit un peu un texte que je crains de voir un peu juste en termes de longueur. Et donc, pour en revenir à l’action même de mon histoire, Marie arrive en pleurs chez le père Joseph et toute tâchée de gras. « Que diable t’est-il donc arrivé, ma pauvre petite ? Tu es toute grasse et tu es toute grosse ! » « Père Joseph, snif, c’est terrible, je crois, snif, que je viens de perdre les huiles ! »

Tout ça pour dire que moi, hier, j’ai été comme Marie Viairge, j’ai perdu les huiles. Mais moi, c’était dans ma cuisine. Sauf que moi, c’est en voulant tasser un peu les réserves de mon placard à épicerie, alors que je voulais y mettre une boîte de pois chiche. Sauf que je n’ai pas vu qu’il y avait une petite bouteille dans laquelle macérait de l’huile piquante faite maison par le président, au bord de l’étagère et que bingo, ce qui devait arriver arriva : la bouteille est tombée par terre, répandant de l’huile partout, sur le carrelage, des grains de poivre, de genièvre, des piments, du thym et du laurier. Et des bris de verre. Je ne vous dis pas pour nettoyer tout ça. J’ai failli appeler mon assurance pour faire une déclaration de dégât des huiles mais ça semble ne pas exister dans mon contrat. C’est nul.