Et quand je lui ai souhaité une bonne année, il m’a regardé en haussant les épaules et il m’a répondu, d’un air triste : mon pauvre ami, une bonne année ? Figurez-vous qu’elle ne commence pas bien et je crois qu’une année qui ne commence pas bien, elle ne peut pas être bonne. Et là, j’ai réalisé que j’aurais mieux fait de me taire. De m’abstenir. Car j’ai eu droit à une litanie inattendue mais surtout, très, très, très longue. Interminable. Et je ne savais plus quoi faire pour lui faire comprendre que je n’avais pas que ça à faire. Que je devais rentrer. Et que quelque part aussi, sans pouvoir lui dire, que je ne pouvais pas absorber tous les malheurs, tous les drames et toute la misère du monde. Heureusement que je suis capable d’un peu d’égoïsme et de recul sinon, j’allais me jeter sous les roues du tram avant la fin de son monologue.

Déjà ça a mal commencé avant Noël. Figurez-vous, mon pauvre ami, que l’un des jeunes décédés dans l’accident de passage à niveau, à Saint-Féliu d’Amont, vous savez, on en a beaucoup parlé à la télé, eh bien, l’un des jeunes, c’était le cousin éloigné de la belle-sœur du fils de ma voisine. Je peux vous dire que ça m’a fait un choc. Déjà qu’on a eu beaucoup de peine, chez moi, quand Johnny est mort mais là, ça faisait vraiment beaucoup en un mois. Autant vous dire qu’on a passé les fêtes sans avoir le cœur à faire bombance. D’ailleurs, on n’a pas fait grand-chose car j’ai un la gastro et j’ai passé ma journée de Noël sur la cuvette des toilettes et comme si ça ne suffisait pas, j’ai passé le 31 décembre au lit avec de la température. Je pense que j’ai eu comme une grippe. Ça n’a duré qu’un jour mais qu’est-ce que je me suis senti mal. Je n’ai rien pu manger pour le réveillon.

En même temps, comme on m’a coupé mes allocations chômage parce que ça fait deux fois qu’on me propose un travail et que je ne peux pas le prendre car ce n’est pas ça que je voudrais faire, de toute façon, je n’avais pas les moyens de m’acheter quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Et puis, vous savez quoi, mon pauvre ami, figurez-vous que j’ai appris que ma cousine par alliance a un cancer du péritoine et quand on pense qu’elle ne savait même pas qu’elle avait un péritoine !... On n’a pas les moyens de s’offrir de telles choses dans notre pauvre famille, nous sommes des gens simples, vous savez. Alors voilà, en plus, hier, j’ai acheté des yaourts chez Aldi et la date est périmée dans deux jours et je ne m’en suis rendu compte qu’une fois rendu chez moi. Alors, j’ai téléphoné et ils ne veulent pas les reprendre car ils ne reprennent pas les produits frais. Quand je vous dis que 2018 commence aussi mal que 2017 a mal terminé…