C’est incroyable mais vrai. Il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Je suis comme si j’étais en vitrine, en train d’attendre le client. Je suis au boulot et je n’ai rien à faire. Et quand je dis que je n’ai rien à faire, je persiste et je signe : je n’ai rien à faire du tout. Il est 9h30 et j’ai terminé tout mon travail. La nuit a été si peu importante que ça s’en ressent jusqu’à mon niveau. Presque pas de bons de livraison, presque pas de stocks, pas beaucoup de mouvements de stocks donc, pas d’écart à résoudre et une fois que j’ai rangé mon bureau et mon bloc tiroirs, je suis là, à attendre que quelque chose se passe. Je ne sais pas, moi, un coup de téléphone d’un client ou d’un collègue de la Rochelle, par exemple ?

Pourquoi avons-nous si peu vendu, cette nuit ? Non pas parce que les poissons ont décidé de dormir mais parce que, comme tous les ans, pendant les quinze premiers jours de janvier, bonne année, bonne santé, les poissonniers prennent un repos bien mérité après des fêtes bien mouvementées. Mais ce n’est pas tout, non, non, non. Il y a autre chose qui fait que c’est encore plus calme, cette année. Le calme pendant la tempête. Oui, parce que, avec Carmen et Éléanor (et pas qu’en Aquitaine), autant vous dire que la pêche s’en ressent. Les bateaux sortent moins voire pas du tout, c’est tellement dangereux. Et donc, pas de poisson, pas de vente. Et pas vente, pas de travail administratif à faire et encore moine de contrôles.

Mais alors, est-ce que ce n’est que parce que les bateaux ne sortent pas qu’on manque de matières premières ? Non, je pense que les poissons eux-mêmes n’aiment pas beaucoup les tempêtes comme en ce moment. Je les soupçonne même de ne pas aimer la pluie quand elle tombe quasiment discontinue comme ces jours derniers. Parce que les poissons n’ont pas de parapluie pour se protéger de ces nombreuses ondées. Et après, ils sont tout mouillés et leur femme, quand ils rentrent du boulot, va encore les engueuler : « Tu t’es essuyé les nageoires avant de t’installer dans le fauteuil ? » On n’y pense pas, on n’y pense jamais mais il y a peut-être des poissons qui n’aiment pas l’eau tant que ça. Et moi, pendant ce temps-là, j’attends et j’écoute en soupirant la pluie qui ruisselle…