S’il y a bien un animal qui est à la fois moche et pas sympathique, c’est bien le saccorhytus coronarius. Heureusement, il n’existe plus et il était microscopique, donc, pour en avoir peur ou pour être dégoûté, encore aurait-il pu fallu le voir à l’œil nu, ce qui était loin d’être gagné. Je viens de découvrir son existence car je voulais parler d’un produit un peu rare qu’on trouve sur les tables de fêtes : l’oursin et le saccorhytus coronarius fait partie de ses ancêtres. Tout comme il fait partie des nôtres. Même si ça ne nous fait pas plaisir d’apprendre ça une fois qu’on sait de quoi il retourne avec cette petite bête.

saccorhytus

Avant d’aller plus loin, plutôt que répéter son nom latin en permanence, je propose qu’on baptise le saccorhytus coronarius d’un petit nom et pour ça, comme tout le monde est d’accord sans avoir eu le choix, j’ai décidé que ce serait Sacco. Rien à voir avec celui qui fut exécuté avec Vanzetti en 1920 aux États-Unis, il n’y a donc que presque cent ans alors que notre Sacco a vécu il y a environ 450 millions d’années. Notre Sacco est probablement (voire certainement) le premier être vivant de la lignée des vertébrés.   

Pour comprendre ça, il faut savoir que les mollusques, les arthropodes et les vers de terre sont adeptes de la bouche en premier (des grandes gueules, quoi !) quand les vertébrés et les échinodermes ont été contraints de se fabriquer la bouche à partir d’une autre perforation, d’un autre trou. Ce qui signifie que la bouche, pour nos ancêtres, n’était pas fournie avec le reste de l’organisme. Alors que pour les autres, dont Sacco faisait partie, c’est l’anus qui n’était pas livré avec le reste. Chacun sa merde, ai-je envie de dire.

Il n’empêche que Sacco, je trouve que ça ne lui donne pas un air intelligent de ne pas avoir de trou du cul. Non pas que je place l’esprit à un tel endroit mais ça laisse présager des situations un peu incongrues. Parce que, à part de faire sortir ses déchets par là où était entrée sa nourriture, imaginez si Sacco veut parler et qu’en même temps… Non, ce n’est vraiment pas poli. On peut même se demander s’il n’a pas disparu de la surface des eaux du globe tout simplement parce qu’à force de ne pas pouvoir faire caca, ça a fini par l’étouffer.

Et là, on prend conscience que la survie d’une espèce, ça tient vraiment à peu de choses. N’empêche que, pour en revenir aux oursins, j’ai déjà entendu dire qu’ils avaient le même orifice pour servir de bouche et d’anus. Je ne suis pas certain que ce soit vrai mais dans le doute, pour celles et ceux qui pourraient être amenés à en déguster demain soir, au réveillon, pensez-y quand vous serez prêt à manger une cuillérée, si ça se trouve, à ce moment-là, l’oursin ne sera peut-être pas en mode bouche. Je dis ça, je ne dis rien.