Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie. Cette phrase m’est revenue en tête soudainement alors que j’étais en train de revenir d’en ville. J’ai vaqué à deux ou trois petites affaires et j’ai repris le livre que je suis en train de lire pour le tram du retour et là, soudain, à peine entré chez moi ; à peine le parapluie déposé dans une bassine dans l’entrée ; à peine me suis-je changé de vêtements : troquer ceux que j’avais mis pour ma sortie et ceux que j’ai remis pour être à l’aise chez moi ; à peine le temps de grignoter un petit quatre heures même s’il était déjà quatre heures et plus de vingt minutes ; à peine le temps de faire deux SMS dont un d’anniversaire que cette phrase m’est apparue. Comme ça. En pleine figure. En pleins neurones.

Hâte-toi de bien vivre. Ça, je sais faire. Surtout le « hâte-toi » car le « bien vivre », c’est moins souvent le cas, globalement. Je suis un mec banal, ordinairement banal. Je vis bien, parfois mais régulièrement, j’ai des doutes, des hésitations, des moments de découragement, des moments où j’ai presque envie d’abdiquer, de donner mon corps à qui le veut et mon esprit à la science. Mais bon, il y a tellement pire que moi que j’aurais mauvaise grâce de me plaindre éternellement. À la place, au lieu d’être une victime, je ronchonne, je râle, je peste. Je montre les dents et parfois je mords. Je peux aussi faire dans l’ironie. Bien sentie. Alors voilà, ça, c’est ma vie. Une vie de hauts et de bas et au milieu, plein de moments intermédiaires.

Hâte-toi. Ça, pour me hâter, je me hâte. Je me hâte le matin, je me hâte à midi et je me hâte le soir. Je suis toujours en train de courir. Du coup, j’aurais pu être l’auteur de ces deux mots de début de citation. Et songe que chaque jour est à lui seul une vie. Mais qui a écrit ça, bon sang ? J’ai son nom sur le bout du bout de mes lèvres. Il me semble que ça commence par un S, comme moi… Attendez : Sénèque ! Oui, c’est lui. C’est Sénèque (4 av. J.C. – 65 ap. J.C.) Non, je plaisante. Enfin, si, c’est bien de Sénèque mais non, ça ne m’est pas venu comme ça, cette phrase. C’est écrit sur une carte que j’ai reçue tout à l’heure. Pour mon anniversaire passé. Comme quoi, le facteur, il a mis six jours pour la faire arriver jusqu’à moi. Il ferait bien d’apprendre à se hâter. De bien vivre…