Pour ne pas savoir que Johnny Hallyday est mort, il faut vraiment être sourd et aveugle. Ou alors, vivre dans une grotte. Ou encore être dans le coma, et même là, je ne suis pas sûr que certaines ondes ne vont pas directement dans le cerveau de ceux qui sont concernés. Oui, parce que Johnny est mort. En même temps, hier, Jean d’Ormesson nous a quittés. De façon très élégante, comme toujours. Ça m’a fait quelque chose car pour moi, Jean d’O., c’était comme une étoile qui brillait de son intelligence et de sa fantaisie pour mieux nous éclairer. Un peu comme une étoile du berger. Là où tu iras, j’irai… Pam, pam, pam pam pam…

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Johnny Hallyday est mort. Je dis ça, c’est pour les éventuels retardataires. Probablement demeurés, mais surtout retardataires. Ou alors… Non, on s’en fout. Moi, hier, j’ai été ému de revoir Jean d’Ormesson dans des images oubliées, pas toutes, lors des hommages qui lui ont été rendus. Mais en aucun cas, on a tout arrêté dans les radios. En aucun cas, on a entendu les chauffeurs-routiers proposer de mettre un ruban noir à leur camion pour montrer qu’ils sont en deuil. Alors que pour Johnny Hallyday, qui, entre nous soit dit, vient de disparaître, oui. Comme si la France allait entrer dans un deuil national. Pincez-moi pour voir si je ne suis pas en plein cauchemar.

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Dès cette nuit, à 3h25, quand j’ai démarré ma voiture pour aller au boulot, j’ai tout de suite trouvé anormal d’entendre cette insupportable rengaine qu’est Oh Marie ! Je me suis dit, tiens, c’est bizarre, ça ne fait pas partie des rediffusions de la nuit, ça. Alors, j’ai changé de chaîne. Et là, c’étaient Les portes du pénitencier. Oh, oh, oh ! Mais que se passe-t-il ? Et là, j’ai appris, de la voix outre-tombale d’un journaliste : Johnny Hallyday est mort. Ah merde ! Pfou ! Quelle sale nouvelle ! Je crains qu’on nous en fasse bouffer pendant des jours et des jours. Alors qu’hier, Jean d’Ormesson est parti, beaucoup plus discrètement. Et on n’a pas entendu des débordements émotifs.

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J’ai entendu des choses hallucinantes. D’abord, des émissions spéciales dès une heure après l’annonce du décès de Johnny. Des émissions spéciales en pleine nuit. Pour qui ? Pas pour moi, j’espère. En tout cas, impossible de passer à travers, même à cette heure indue. Impossible de ne pas entendre tout et n’importe quoi. Sauf si j’avais choisi d’éteindre la radio, dans ma voiture. Mais aller bosser dans le brouillard, le froid, l’humidité, la solitude et le silence, très peu pour moi. J’ai entendu les premières réactions recueillies sur le vif : « Je le connais peu, j’ai dix-huit ans mais je crois que c’est un grand chanteur. Bon, à soixante-quatorze ans, c’est normal, non ? » « Je ne veux pas y croire, c’est impossible. Pour moi, il était immortel !... »

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Jean d’Ormesson était l’élégance incarnée, un plaisir de tous les instants quand il venait sur un plateau d’émission de télévision. Il est parti, hier, presque discrètement au vu du boucan que génère la mort de Johnny. Je ne porterai aucun jugement sur le rocker mais un peu de mesure de la part des médias, ça me ferait plaisir. Et ça nous soulagerait. Oui, parce que, autour de moi, personne n’était fan, du moins, pas plus que ça, alors, on a aussi envie de dire que la vie continue. Même sans Jean d’O. C’est juste une question d’échelle de valeurs. Un peu comme dans la pub pour des rillettes. Et là, au moment de terminer d’écrire ce billet, j’ai juste envie d’ajouter que… Chut, ça suffit, maintenant. Un peu de décence, tout de même, s’il vous plaît. Merci.