J’ai le Mont-Blanc à sec. Et n’allez pas croire que je pense à quelque chose de salace ou de trivial. Non, j’ai vraiment le Mont-Blanc à sec. Comme jamais. C’est mon stylo d’une grande marque qui fait référence au plus haut sommet de France qui ne veut plus écrire. D’abord, j’ai pensé à une RTT que je n’aurais pas notée mais non, vu qu’il n’y a pas de contrat de travail entre nous, il n’existe pas d’horaires à respecter ni de congés à poser et encore moins de jours à récupérer. Après, j’ai pensé à un mouvement de grève et là, je m’apprêtais à ne vraiment pas être content du tout car je n’étais pas au courant qu’il pouvait être syndiqué mon stylo de marque. Franchement, hein ? On n’aurait jamais vu ça, dans le secteur du luxe. Du calme et de la volupté. Mouais, si on veut…

Et puis, j’ai réalisé que ça faisait probablement environ un peu plus de trente ans qu’il était à mon service et que comme moi, peut-être avait-il des coups de mou ; peut-être avait-il subi des coups durs (entre cinq et six déménagements, ça peut vous ratiboiser un stylo bille si beau et ainsi soit-il, amen…) et surtout, peut-être avait-il tout simplement une panne de carburant. Moi, je rencontre bien des pannes d’inspiration, pourquoi mon fidèle Mont-Blanc n’aurait-il pas les mêmes problèmes. Si ça se trouve, malgré le temps humide, il est tout sec. Et j’avoue que je n’ai pas osé tenter de lui dévisser la tête (je n’aime pas faire aux autres ce que je n’aime pas qu’on me fasse) de peur de le casser et/ou de ne pas savoir le remettre comme il faut. Comme il se doit.

Et il m’est revenu qu’il y a une boutique spécialisée, labellisée « Plus haut sommet français », cours de l’Intendance, presque au même niveau de la salle où je fréquente un nouveau coach sportif, depuis quelques semaines, mais pas sur le même trottoir, non, sur celui d’en face. Et justement, j’aurais pu y aller demain, avant ou après le cours avec Vincent mais non, je n’ai pas très envie d’entrer dans ce magasin avec un jogging, des baskets et un sac de sport en bandoulière. Alors, ni une, ni deux, je vais y aller là, juste après avoir terminé d’écrire ce billet. Et je vais voir si on peut me changer la recharge d’encre. Je vais prendre un billet de 100 euros, on ne sait jamais, dans ce genre d’endroits un peu chics, mieux vaut donner l’air qu’on en a les moyens. Même avec un beau stylo à sec.