J’ai un peu réfléchi à ce que j’ai dit à propos de quoi j’allais réfléchir, avant-hier, au sujet des prix littéraires drôles et marginaux, histoire de ne pas tomber dans le piège de la consommation des Goncourt et autres marronniers. Et j’en suis venu à la conclusion suivante : c’est très difficile d’imaginer des prix encore plus originaux et encore plus amusants que ceux qui existent déjà et pourtant, et pourtant… Et pourtant, j’ai eu quelques idées que je voudrais brièvement exposer ici avant qu’elles ne partent en fuyant vers d’autres horizons neuronaux.

Déjà, pourquoi ne pas indiquer le prix du meilleur prix ? C’est-à-dire que ça récompenserait l’ouvrage littéraire, de préférence un roman mais ça pourrait être un recueil de nouvelles ou de poésies qui serait à la fois bien écrit, captivant à lire et qui n’aurait pas un coût abusif : le bon rapport qualité-prix, quoi ! Après, pour être le plus objectif possible, il faudrait s’assurer que les membres du jury ne soient pas partie prenante dans l’édition ni la distribution des livres. Sinon, on imagine qu’un livre pourrait voir son prix modifié en fonction des attentes d’une éventuelle récompense.

J’ai aussi pensé au prix du roman le plus court. Attention, cette fois, ce serait vraiment un roman mais pas une nouvelle, car ce n’est pas la même chose. C’est aussi ce qui rend le travail de lecture encore plus intéressant, c’est que c’est très compliqué d’écrire un roman dans lequel il se passe vraiment quelque chose et qui soit le plus court possible tout en étant très bien écrit. Le risque ? De ne pas avoir beaucoup de candidats. Ou alors, de tomber sur un roman, pas une nouvelle, hein, si court qu’il sera le seul récompensable (néologisme) à jamais. Difficile de faire mieux, ensuite.

Tiens, par exemple, un roman dont le texte ne comprendrait qu’une seule lettre : Q, tiens. Dans ce Q, il pourrait y avoir tout une histoire de rencontre entre deux personnes qui vont finir par s’aimer après avoir hésité, qui vont se retrouver au lit à faire l’amour et de fil en aiguille, à baiser comme des sauvages mais l’avantage de ce texte court, c’est qu’il n’est jamais vulgaire, tout est suggéré. Ça pourrait s’appeler Roman pornographique (mais pas nouvelle) et après avoir décerné le prix de celui du plus court à celui-ci, on ne pourrait plus en remettre d’autre, après.

Ou alors, le prix de la meilleure ponctuation. Là, on imagine déjà à quoi pourrait ressembler le trophée. À un point d’exclamation ou à un point d’interrogation. Et il saluerait le travail minutieux et ô combien important de la ponctuation et de l’accentuation d’un texte à vocation littéraire. Et là, on se dit qu’on pourrait tenter de grouper les deux prix : celui de la meilleure ponctuation avec celui du roman le plus court. Et si on garde l’exemple précédent : Roman pornographique (mais pas nouvelle) dont voici le texte intégral : « Q ! » ou « Q ? » ou « Q… » Non mais quel talent, non ?