Je ne saurais pas dire si j’ai beaucoup aimé le film ou plutôt, je saurais très bien expliquer pourquoi je ne l’ai pas trop aimé. Parce que tout est une question de nuances et de point de vue. C’est exactement ce que ça m’a semblé démontrer, dans ce film, Un beau soleil intérieur. De Claire Denis. Avec Juliette Binoche, entre autres. Avec Juliette Binoche, surtout. Un film sur les valses-hésitations d’une femme qui rêve d’une vie amoureuse mais qui a l’air de tout faire pour que ça ne marche jamais. Ce n’est pas facile, au jour le jour de vouloir tout et son contraire. Et le pire ? C’est de dire tout et son contraire à chaque homme qu’elle rencontre.

Laisser ses yeux et son corps parler pour elle comme pour lui dire : « Viens, j’ai envie de toi, j’ai envie d’être amoureuse de toi. Et j’aimerais que tu m’aimes aussi. Et j’ai envie de faire l’amour avec toi mais je ne veux pas te le dire, je voudrais que tu le comprennes sans que je te le dise…» Mais lorsqu’elle ouvre la bouche, c’est tantôt amusée, tantôt froide : « Je n’ai pas envie que tu tombes amoureux de moi sauf si… euh, non, pas vraiment, si tu vois ce que je veux dire. Parce que les choses ne sont pas si simples que ça. Mais même moi, je ne sais pas trop ce que je veux alors si je ne sais pas ce que tu veux… » Oui, j’ai un peu schématisé mais je ne suis pas loin de la vérité.

En gros ? C’est une sacrée chieuse mais on ne peut pas ne pas être touché par cette femme fragile qui pleure d’un coup alors qu’elle vient à peine de terminer un éclat de rire. Elle est épatante et tous ceux (et celles, aussi, même si elles sont plus rares) qui gravitent autour d’elle sont géniaux, eux aussi. Un hymne à Juliette Binoche que je découvre avec le temps. Une femme magnifique. Même quand elle pleure. Même quand elle est tête à claques. J’ai trouvé ce film fascinant et chiant. Un peu comme les romans de Marguerite Duras. C’est hypnotisant. Obsédant. Difficile de s’en défaire pendant la séance. Et même encore un peu après.