Quand j’étais enfant, il me faisait rire avec son accent, sa moustache rigolote et ses allures de fou. Il a marqué les esprits avec son intervention dans une publicité : « Je suis fou du chocolat Lanvin !» Et quand j’étais ado, que j’ai quitté le domicile parental, à Paris, j’ai découvert des cartes postales qui reproduisaient certaines de ses œuvres les plus connues dont les deux dont je me souviens le plus : La persistance de la mémoire (les fameuses montres molles) et La tentation de St Antoine (les chevaux aux pattes arrière démesurément fines et longues.) Je trouvais ça génial, subversif et anticonformiste. Tout ce que j’étais moi-même. Tout du moins, tout ce que je rêvais d’être. Puis le temps a passé. Dali, je l’ai oublié sauf quand on l’évoquait. Sauf quand Amanda Lear en parlait.

Et là, cette année, la semaine dernière, alors que nous sommes partis sur la Costa Brava, j’ai insisté auprès du patron et du président pour que nous allions au moins à Cadaques. Nous sommes aussi allés à Figueres et avons mis Pubol de côté et nous avons bien fait. Car au musée de Figueres, j’ai tout de suite été mal à l’aise avec ce tourisme de masse et tous ces gens qui préfèrent faire des selfies devant des œuvres très connues plutôt qu’aller voir les plus intéressantes, celles dont on ne parle jamais. Et surtout, je me suis rendu compte que je n’aimais pas. Je n’aimais quasiment rien de tout ce que Dali a créé et qu’on nous a présenté. Aucune sculpture, aucun montage, aucune peinture sauf les premières, d’avant sa période surréaliste et folle.

Je ne suis resté qu’une heure, pause pipi compris, dans le musée et j’en suis sorti en poussant un grand ouf de soulagement d’en être libéré. Et là, nous nous sommes rendus à Cadaques, là où Dali avait acheté plusieurs maisons de pêcheurs pour les réunir. Je n’ai rien aimé non plus dans l’ameublement, totalement foutraque et je m’y suis profondément ennuyé. Heureusement que ça ne durait qu’une demi-heure, environ (pour moi, bien entendu, car d’autres y ont passé plus de temps.) Je n’y ai pris aucune photo, c’est dire ! J’en suis reparti en jurant que « jamais plus jamais. » Le seul talent que je lui ai trouvé, là, c’est d’avoir choisi un site magnifique et c’est tout. Le seul génie que je lui reconnais aujourd’hui, c’est d’avoir mystifié tout le monde et d’avoir parfaitement su utiliser les medias à une époque où ça n’était pas tellement à la mode.