Maintenant, si je devais retourner à l’école, au moment de remplir la fiche de renseignements demandée par les professeurs, déjà, je pourrai indiquer que mes parents n’ont plus de profession et je saurais très précisément et pertinemment ce que je voudrais faire plus tard. Pourquoi plus tard ? Pourquoi attendre ? Parce que je suis bien élevé, c’est tout. Et comme mes parents peuvent encore avoir un droit de regard sur mes faits et gestes, je préfère ne pas les mettre en colère. Nous avons des relations tout à fait normales, ce n’est pas pour les mettre en péril. Je veux rester un fils le plus modèle possible.

Ce que je veux faire, quand mes parents ne seront plus là ? Dictateur. Ni plus. Ni moins. Mais pas un dictateur d’opérette à la façon coréenne ni à la mode turque, non, dictateur, un vrai. Un qui prend le pouvoir et qui se l’arroge jusqu’après sa mort. Je serai le premier dictateur à continuer de régner de façon posthume. Et je règlerai nombre de problèmes qui m’agacent. Et nombre de nuisances qui m’insupportent. Et je liquiderai nombre d’empêcheurs de tourner en rond. Non, je ne les tuerai point. Je les liquiderai, c’est tout. Liquéfiés. Je ne peux pas dire mieux. Ils n’auront plus aucun corps ni aucun esprit. Je prouverai que la connerie est soluble.

Et j’obligerai les gens du peuple à m’aimer. Non, pas à m’aimer. À me préférer. À me préférer par-dessus tout. Et comme je continuerai d’être bien élevé, pour ne pas déplaire à mes parents qui me regarderont de là-haut (ou d’en bas), je ne ferai rien de mal sans être poli. Lui, je vais le tuer mais avant, je lui dirai s’il vous plaît. L’autre, je vais l’emprisonner à perpétuité mais pas sans lui avoir demandé de passer devant, je vous en prie. Et tous ceux-là, là, que je déteste, je les ferai mourir par là où ils ont pêché mais pas sans leur avoir dit « cordialement », puisque je ne serai pas obligé de le penser. On le sait bien qu'au fond, je ne suis jamais vraiment méchant.