Je me sens bien, là, je me sens super bien. Je me sens bien comme jamais. Je me sens détendu, calme, reposé… Je me sens loin de tout ce qui m’ennuie habituellement. Je n’ai aucune raison de courir partout. De courir dans tous les sens. Je n’ai aucune raison de m’énerver. De m’angoisser. De subir les assauts de mon stress quotidien. Ici, l’air est doux, ni trop chaud, ni froid. Tiède. Caressant. Il fait bon vivre dans cet endroit que je me suis choisi, pour ma séance d’hypnose. On m’a dit : projetez-vous là où vous aimeriez être. Eh bien, je suis là. Ici. Juste là. Et j’y suis tellement bien.

Il me semble qu’il n’y a aucune contrainte, ici. Rien que le temps qui passe tranquillement. Sans à-coups. Sans heurt. Sans remords ni regrets. Oubliés les « j’aurais pu », les « j’aurais dû », les « si j’avais su », les « en me dépêchant, je pourrai peut-être faire ça aussi » et les réveils nocturnes intempestifs de peur d’oublier l’heure… Il fait doux et ça sent bon, ici. On y entend des oiseaux mais pas une seule voiture. Il n’y a pas de détritus par terre. Aucun étudiant alcoolisé à l’horizon. Aucun enfant qui hurle pour avoir droit à une deuxième glace à 19h. Quel bel endroit, franchement !

Je ne sais pas où est ce pays que je me suis choisi. Ça pourrait faire penser au pays de Candy. Un lieu tout de miel vêtu. Avec des bonbons partout. Sauf que là, ça me laisse un peu indifférent vu que je ne n’en mange pas, en temps normal. Pardon ? Avec des Carambar partout ? Ah, si vous me prenez par les sentiments… Quoique, quoique… Quoique non, ici, on a rien à compenser, donc les sucreries sont inutiles. On est juste bien. On n’a pas besoin de grand-chose, juste d’être là, d’être soi et de sentir qu’on existe. Pleinement. Totalement. Et qu’on respire un bon air. Régulièrement. Lentement.

Un pays où quand on touche trois fleurs, on a un bonus de bonheur. Trois fleurs de la même couleur. Un pays où il y a plein d’animaux que personne ne mangera jamais. Un pays où seuls les gens bien élevés sont autorisés à pénétrer. Ici, nul besoin de mettre des panneaux d’interdiction, tout va de soi. Ici, tout est lumineux, coloré, plaisant pour chacun de nos cinq sens. On a le choix du soleil ou de l’ombre pour s’asseoir, partout où que l’on regarde. Vraiment, c’est petit paradis. Un endroit magique.

Mais qu’est-ce que cette voix qui semble me parler ? Vous continuez de respirer lentement. Régulièrement. Mais vous commencez aussi à reprendre conscience. Vous allez revenir dans la réalité. Dans la vraie vie. Dans votre vraie vie. Celle où les gens sont sans-gêne. Celle où les étudiants sont saouls tous les soirs et prennent les trottoirs pour des poubelles. Celle où les enfants sont rois. Celle où vous allez vous énerver tout de suite. Celle où vous allez vite comprendre qu’elle n’en vaut pas vraiment la peine. Brutalement. Agressivement. Et avant que je n’oublie, vous me devez quatre-vingt-dix euros.