Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé ni pourquoi. En tout cas, maintenant, c’est sûr, je ne travaille plus. Jusqu’à la fin de mon contrat moral avec la Sécurité Sociale, je suis en chômage accompagné, dispensé de recherche, pour me permettre d’attendre la fin de l’année et de pouvoir enfin toucher une pension de retraite même si celle-ci sera tronquée d’un certain pourcentage car si l’âge obligatoire est de 62 ans, on vous incite à ne pas partir avant 65 ans.

J’ai abandonné sans regret mon travail dans le poisson. Pas même pour les anciens collègues. Chacun sa croix, comme on dit. En revanche, j’ai gardé des séquelles de ces douze (ou quatorze ?) ans là-bas. Ce rythme de travail moitié nocturne, moitié diurne a laissé des traces dans mon sommeil qui n’a jamais été aussi mauvais. Heureusement, je compense avec des heures de lever plus indues. Jamais avant 6 heures du matin. Jamais après 7h non plus. Je suis réglé comme ça moi.

Beaucoup de choses ont changé. J’ai changé mon Ford B-Max, acheté moins de deux mois avant mon espèce de coma et là, j’ai un véhicule électrique. Je m’en sers assez peu car pour aller en week-end ou en vacances, je prends d’autres moyens de transport. J’ai gardé mon ancien ordinateur portable, qui a plus de dix ans et qui fonctionne encore mais je vais de moins en moins souvent dessus, j’ai appris à m’en sevrer au maximum. Un retour à l’essentiel. Une forme de résistance.

Jean-Marine Le Pen a encore fait des siennes et cette fois, elle s’est grillée avant même le début officiel de la nouvelle campagne présidentielle. Elle a insulté des journalistes en direct à la télévision, sur une chaîne Internet et elle a frappé Benoît Apparu, le petit sympa de la droite, du moins, à l’époque, en 2017. Elle lui a sauté dessus comme une furie et l’autre, il a eu le temps d’esquiver le pire mais bon… Cette fois, elle n’a même pas une seule chance d’avoir 5% au premier tour.

On nous bassine les oreilles avec l’approche de 2024 et des futurs jeux Olympiques. Entre ça et l’élection de 2022 dans quelques mois, on est saturé d’infos en boucle. Cyril Hanouna traverse un désert qui n’en finit pas, je ne suis pas méchant mais ça ne lui fait pas de mal. Il a disparu des medias. On parle d’un éventuel rapprochement avec Morandini, qui ne sera jamais jugé pour vice de procédure et ils pourraient créer leur propre chaîne ensemble. Je n’en serai pas abonné.

Quatre ans après avoir perdu son fils unique, Sheila s’est trouvé un refuge dans l’adoption. Elle a trois petits chez elle malgré son âge. On n’a toujours pas retrouvé Lova Moor, disparue des magazines depuis des années. On a appris que Ryan Gosling était en couple avec… non, je ne peux pas me permettre de divulguer une information confidentielle. Je vais toujours souvent au cinéma. Je lis de nouveau beaucoup. Et j’ai toujours de l’arthrose cervicale. Ça ne partira jamais, je le sais.

Ce qui me gêne le plus, là, c’est de demander autour de moi ce que sont devenues certaines personnes. J’ai peur d’apprendre des choses qui ne vont pas me plaire. Il y a longtemps que je n’ai pas de nouvelles de mes parents. Ou de certains amis proches. Que sont-ils devenus ? Heureusement, il me reste quelques vagues relations. Je vois mes neveu et nièce de temps en temps. On fait avec. Bienvenu dans l’univers du troisième âge avant d’être vraiment vieux.