Je reprends le boulot. Ce matin, j’ai repris le boulot. Je me suis levé. Comme d’habitude. Comme avant mon problème de santé de la semaine dernière. Je n’ai pas écouté la radio à la maison avant de partir mais dans la voiture, oui. Mais d’une oreille un peu distraite car à 3h du matin, ce sont des rediffusions de la veille ou de l’avant-veille, sur Europe 1. Le meilleur, qu’ils disent. Du coup, je suis arrivé au bureau en constatant quelques changements : l’énorme antenne à l’autre bout du parking, le mot « international » ajouté à au nom de l’entreprise, sur le bâtiment et je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose m’a paru étrange.

Je suis allé au bureau de la facturation de nuit, sur la plate-forme. J’ai vu beaucoup de têtes inconnues mais surtout, ce qui m’a le plus frappé, c’est ce quelque chose de changé dans l’allure de deux ou trois collègues. Sans compter qu’il semblait y en avoir des nouveaux et qu’ils étaient deux à la saisie alors que lundi dernier, Aurélie, elle était toujours toute seule et c’est pourquoi je venais plus tôt : pour l’aider. Tout le monde m’a regardé bizarrement. C’est Aurélie qui a parlé la première : « Tiens, un revenant ! Eh bien dis donc… Toi, quand tu t’arrêtes, tu ne fais pas les choses à moitié ! Qu’est-ce que tu es venu faire ? »

« Je suis revenu travailler, pourquoi ? » J’ai alors senti une grosse gêne. Elle a fini par me dire : « Bah, de toute façon, tu le sauras bien assez vite mais tu vois, comme les affaires ont bien repris, on a embauché et je n’ai plus besoin que tu viennes aussi tôt. Je ne sais même pas si tu as encore du travail à faire. Virginie a fini par s’y mettre, elle fait tout ce que tu faisais avant. » « Comment ? En une semaine, il s’est passé tout ça ? » « Comment ça, en une semaine ?  Ça fait deux ans que tu es arrêté, tu sais quel jour on est ? On est le 11 juillet 2019. » Non ? Mais ce qui s’est passé ? Je me suis arrêté une semaine et il s’est passé deux ans ?!!!

Je suis parti à mon bureau, effectivement, dans celui des commerciaux, il semble qu’il y ait plus d’ordinateurs qu’avant. Et mon bureau, toujours à la même place, il a été entièrement féminisé. Des photos des deux enfants de Virginie. De ses deux garçons. Et tiens, je suppose que c’est le plus jeune, là, qu’est-ce qu’il fait petite fille ! En retournant la photo, je découvre que c’est Cindy, la petite sœur d’Hugo et de Sacha. Virginie en a fait un troisième ? Putain, mais je rêve, là, ce n’est pas possible autrement. J’allume ce que je pense être mon PC en mettant mon mot de passe. Immuable, il n’a pas changé. Et je me connecte. Et je vois un lien pour aller sur AS400.

AS400 ? Mais avant de m’arrêter, la semaine dernière, on était sur Difagro. On n’a quand même pas changé de logiciel en une semaine ? Et le sous-main posé sur ce qui était mon bureau indique bien 2019. De juillet à janvier 2020. Je ne comprends rien et je ne sais si je dois me réjouir car j’ai l’impression d’avoir été volé sur deux ans de ma vie et en même temps, je me rapproche tellement de la retraite. De la date de départ que je m’étais fixée… Non, mais quand même, je ne peux pas subir tout ça comme ça. Dès que quelqu’un de la direction arrive, il faut que je tire tout ça au clair. En attendant, je vais voir ce que je peux faire.

 

                                                                                                                                                                                à suivre…