Il n’y a pas grand-chose à dire. Sauf des banalités de bon usage et de bon aloi. Ce matin, quand j’ai entendu la nouvelle, dans la voiture, en quittant mon travail, j’ai été pris d’une grosse émotion. La même que celle de ce 30 septembre 1985 quand ma mère m’a appris la disparition de Simone Signoret, au téléphone, alors que j’étais à mon travail. Je m’en souviens fort bien et ce matin, j’ai ressenti le même genre de choses. Une tristesse infinie et une impossibilité de parler sans crainte de pleurer. Nous venons de perdre quelqu’un de la famille, de la famille France. Une cousine ou une tante qu’on ne voyait presque plus mais qu’on avait toujours dans le cœur. Qu’on savait quelque part et ça faisait du bien d’y penser. De penser à vous.

Simone Veil 1

Moi aussi, madame, je vous ai aimée, je vous aime et je vous aimerai toujours. Je reprends un peu Jean d’Ormesson lors de son discours pour vous accueillir à l’Académie Française. Parce que, hormis les cons, on ne pouvait pas ne pas vous aimer. Ne pas vous admirer. Ne pas vous respecter. Et aujourd’hui, je suis triste. Plus triste que d’habitude. Je veux dire, plus triste que les fois où je suis triste. Parce que, en nous quittant, c’est un morceau de notre histoire contemporaine qui s’en va. C’est un peu de nous. Je n’aime pas que disparaissent celles et ceux que j’aime, j’aurais peut-être dû vous le dire plus tôt. Vous le dire tout simplement. Je n’aime pas que la mort nous prenne une Simone célèbre. Ça aurait dû être interdit.