On y voit aussi des statues qui se tiennent tranquilles tout le jour, dit-on ; mais moi, je sais que, dès la nuit venue, elles s'en vont danser sur le gazon.

Je viens faire amende honorable et me repentir. J’ai failli médire un peu trop sur Narbonne, avant d’y aller, samedi mais contre toute attente, je suis tombé sous le charme de cette ville que je méconnaissais totalement. Comme quoi, il faut bien ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je suis tombé sous le charme de ces grands arbres qui bordent les beaux immeubles et les rives du canal de la Robine. Je suis tombé sous le charme de l’ancien Palais Épiscopal devenu l’hôtel de ville. J’ai aimé visiter l’horreum romain et ses près de quarante-mètres de galeries souterraines. J’ai aimé me promener jusque vers les grandes halles et flâner un peu partout. J’ai aimé l’atmosphère douce qui règne là-bas malgré les grands coups de vent.  

Loin des noirs buildings et des passages cloutés, y avait un bal que donnaient des primevères. Dans un coin de verdure, les petites grenouilles chantaient une chanson pour saluer la lune.

On y croise des murs peints et des murs sur lesquels, des vers de poésie, de chansons ont pris toute la place qu’ils méritent. Qu’ils soient de Charles Trenet, de Garcia Lorca ou de Pierre Reverdy, ces mots font du bien aux esprits des yeux qui les croisent. Narbonne a beaucoup de goût d’habiller certains de ses murs de rimes en rendant hommage à des auteurs qu’on a tendance à oublier facilement. Et ça m’a permis de continuer mes errances avec certains airs au bord des lèvres : parfois on change, un mot une phrase et quand on est à court d’idées, on fait, la la la la la la, la la la la la la… Charles n’est jamais loin, à Narbonne… même sur les trottoirs, en clous dorés.

Papa, c'est un jardin extraordinaire, il y a des oiseaux qui tiennent un buffet. Ils vendent du grain, des petits morceaux de gruyère, comme clients ils ont Monsieur le maire et le Sous-Préfet.

Cerise sur le gâteau, j’ai adoré aller visiter la maison natale de monsieur Trenet, au bord de la voie de chemin de fer. Une maison dans son jus, meublée années 30/40 et décorée années 70. Le bon goût du jour n’y est pas me mise mais peu importe, ce qui compte c’est l’âme du poète qui hante les trois niveaux. J’ai même chanté en duo avec lui Que reste-t-il de nos amours, que reste-t-il des billets doux… Et franchement, cette visite du fou chantant m’a enchanté. J’en suis ressorti avec un sourire aux lèvres comme il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé, juste comme ça, presque pour rien. Je voudrais donc dire merci à Narbonne d’avoir su me séduire et à Charles Trenet pour tout.

C'est un jardin extraordinaire : il y a des canards qui parlent anglais. Je leur donne du pain, ils remuent leur derrière En me disant "Thank you very much, Monsieur Trenet".