Je ne sais pas ce qui m’a pris mais ce midi, avant de déjeuner, pendant que je faisais réchauffer les restes du plat de mardi soir dernier, j’ai pris le roman que je suis en train de lire et je suis allé me poser délicatement sur un transat de la terrasse, non, dans un transat, sur la terrasse. J’étais bien, j’avais la tête à l’ombre (et donc, j’avais la tête ailleurs, aussi) et le reste du corps au soleil. Ou plus exactement : sous le soleil. Pas à côté. Pas n’importe où.

Et ce qui devait arriver arriva. Et ce qui devait survenir survint. Et ce qui devait se produire se produisit (mon Dieu, si vous existez, comme c’est joli tous ces passés simples, non ?!...), j’ai assez rapidement posé mon livre ouvert sur ma poitrine pas du tout opulente et j’ai fermé les yeux, les bras et les jambes offerts aux rayons du soleil et l’ensemble du corps caressé par une brise absolument pas marine. Et je me suis endormi. Pendant près de quarante minutes.

Puis, je me suis réveillé et je suis sorti de ma léthargie et de ma terrasse pour aller voir si tout se passait bien en cuisine. J’étais un peu vaseux mais ce n’était pas désagréable. Et le déjeuner fini, je me suis demandé si c’était judicieux de retourner là-bas, dans le transat bleu. Car ça risquait de se voir que j’avais déjà fait la sieste ce matin. Et comme je ne sais pas si la sieste d’avant le repas, ça compte quand même. Dans le doute, je me suis abstenu. Mais je regrette presque.

De toute façon, mieux valait que je m’abstienne d’une seconde sieste aujourd’hui plutôt que d’aller voter demain. Et comme je ne vais pas reporter à demain ce que j’aurais pu faire aujourd’hui, je crois que je vais jouer au cumul des mandats et aller faire une seconde sieste quand même, une sieste d’après-midi. Là, juste après ça. Ainsi, demain, je serai exempté d’en faire une et je pourrai alors me taper une toile au cinéma. Ce sera toujours mieux que de ne rien faire.

Oui, c’est ça. Demain matin, j’irai voter et au marché et demain après-midi, j’irai voir un film. Et je ne ferai pas de sieste. Car j’en aurai fait deux aujourd’hui. C’est déjà bien. Surtout que ce n’est pas forcément la quantité qui compte. Ni la taille. Ni la grosseur. Enfin, c’est ce qu’il est de bon ton de dire. Alors, ma foi, je sens que dans moins d’une phrase, je vais prendre mes cliques et mes claques et je vais aller me mettre en position allongée. Dehors. Mi-soleil, mi-ombre.