Je regrette de lui avoir fait bouffer la lettre Q de mon Scrabble de voyage, à cette femme de ménage, hier mais en même temps j’étais tellement en colère que je n’avais pas le choix vu que je ne sais pas me contrôler quand ça m’arrive, d’être énervé comme ça. Et même si je reconnais qu’il n’y a aucune corrélation logique entre la cause et l’effet. Je suis comme ça, moi.

Oui, je m’en veux de m’être séparé de mon petit Q car pour les prochaines vacances de septembre, que nous allions à Biscarrosse, sur la Costa Brava ou à Cuba, si jamais il me prend l’envie d’emporter le jeu, adieu tous les mots qui comportent un Q. Et quand on sait que cette lettre vaut 8 points sur une case normale, 16 sur une case compte double et 24 sur une qui compte triple…

Je me vois, tiens, en train de faire une partie et d’avoir un super tirage en face d’un mot compte triple. J’ai les lettres suivantes devant moi : AEISTUZ et là, j’ai une fulgurance : si j’avais un Q, je ferais ASTIQUEZ, comme je l’ordonnais à Nadège quand elle avait tendance à traîner un peu en préférant discutailler que travailler. Eh bien non, je ne ferai pas ASTIQUEZ, je n’ai pas de Q.

Tout comme si j’avais le tirage suivant : EILLOUU (vous avez remarqué ? Je classe toujours mes lettres dans l’ordre alphabétique, quand je joue au Scrabble) : ah, si j’avais eu un Q, j’aurais pu faire QUOUILLE ! Mais ça s’écrit avec C, qrétin ! Oui, je sais, mais je disais juste ça pour dire que si j’avais eu un Q, j’aurais pu écrire QUOUILLE comme ça. Parce que ça me faisait plaisir.

Je me demande si je ne devrais pas aller lui retirer mon Q de sa bouche, à cette Nadège. Ce n’est pas que ça me fasse tant plaisir que ça d’aller lui mettre les doigts dans le gosier mais si je veux avoir une chance de gagner au Scrabble, en septembre… Oui, je vais y aller. Et pour une fois, je prendrai des gants avec elle. De toute façon, elle est morte, elle ne risque pas de me bouffer la main.