Tout à l’heure, après avoir planté quelques nouvelles fleurs dans les grands bacs et remis des persils plat et frisé dans potager suspendu, nous avons sorti la table et les fauteuils de jardin de sous leur bâche et nous nous sommes, je me suis un peu salopé les mains et les ongles. Parce que tripoter la terre à mains nues, c’est peut-être bien comme contact mais après, sous les ongles, je ne vous dis pas. Alors, comme je devais prendre une douche, j’y suis allé et je me suis même lavé les cheveux et comme ces derniers ont tendance à être désormais plus blancs que gris, je me suis dit que ça allait me les foncer un peu de me passer les mains dedans. Sauf que non, avec le shampooing, ça n’a rien changé.

De toute façon, ce n’était pas mon propos. Je voulais surtout parler de mes pieds. Parce qu’en me les savonnant et en me les rinçant, je me suis dit que les pauvres, ils étaient tout le temps (ou presque sollicités) et je leur ai demandé si ça allait car je les trouvais un peu repliés sur eux-mêmes. « Puisque tu mets les pieds dans le plat, avec tes gros sabots, oui, nous avons un problème. Tu nous négliges. Quand on pense qu’un jour, une dame t’avait dit, au sauna de la salle de gym, que tu avais les pieds parfaits et que tu devrais poser pour qu’on les peigne, qu’on les photographie ou qu’on les sculpte. Et qu’as-tu fait, depuis ? » « Euh… » « Ne perds pas ton temps, tu n’as rien fait, tu nous as oubliés. Et nous, nous en avons par-dessus la tête ! »

Je leur ai demandé s’ils me faisaient marcher mais non… Du coup, j’ai réalisé que ce n’était pas faux et après avoir discuté calmement, entre hommes, j’étais d’accord avec eux : ils en avaient beaucoup trop sur les épaules. À l’avenir, j’allais donc les bichonner. Alors, contents, ils m’ont assuré qu’ils n’allaient pas faire grève et c’est tant mieux car déjà que j’ai la cuisse gauche qui a l’air en début de sciatique et le cou qui aimerait prendre ses jambes au sien, si en plus je ne pouvais plus du tout me déplacer tout seul… Alors, ma foi, comme pour mon sexe, je vais m’occuper d’eux mieux que si c’était pour moi.  Et ils allaient pouvoir enfin retrouver un peu de leur dignité et imaginer retourner de temps en temps au mur.