Je me souviens quand j’ai été candidat à l’élection présidentielle de 2017, je m’en suis foutu plein les fouilles. C’était le bon temps. C’était la dernière année où ça avait été possible et je peux vous dire que j’en ai bien profité. Dans les choses que j’ai pu avoir et qui m’ont le plus marqué, je me souviens que c’est l’année où le patron de chez Ford m’avait offert un B-Max sans que je ne lui demande rien, juste comme ça, par amitié. Il m’avait demandé de ne pas m’offusquer pour la carte grise car elle ne pouvait pas être à mon nom pendant la campagne mais après avoir laissé passer un peu de temps, elle m’a bel et bien appartenu et je l’ai revendue quatre ans après, sans laisser de trace nulle part. Et je me suis tout mis dans la poche. Pas en France, évidemment. Je ne suis pas un imbécile, non plus. Tout ce qui était au-dessus de 3000 euros, je l’ai toujours envoyé au Luxembourg. Un système de comptes à tiroirs qu’il était impossible de remonter.

C’est pareil, quand Uniqlo a ouvert son magasin au centre commercial du Lac, non seulement j’ai été invité à l’inauguration avec force champagne, canapés et petits fours mais en plus, on m’a habillé pour les hivers suivants. Bien sûr, ce n’étaient pas des costumes à plusieurs milliers d’euros mais je peux vous dire que je n’ai rien eu d’autre à acheter pendant au moins deux ans. Bon, bien sûr, c’était un style branché, un peu jeune bobo mais ça m’a permis de m’ouvrir à des électeurs d’une certaine classe intermédiaire que je n’aurais jamais pu toucher autrement. On a beau dire, mais l’habit peut faire le moine, parfois. Même dans un pays laïc. Et pour mon image, je ne remercierai jamais assez cette marque japonaise. Même si j’aurais aussi aimé avoir d’autres marques sur le dos. Pour varier les plaisirs. Et pour pouvoir aussi en mettre plein la vue aux autres. Mais c'était bien aussi de ne pas faire dans l'ostentatoire.

C’est comme pour les travaux de ma terrasse. Autant vous dire que je n’ai pas eu besoin de passer par un permis de construire à la mairie, Alain (Juppé, pour ceux qui n’auraient pas compris), même en étant en perte de vitesse nationale, Alain avait encore tout un réseau de gens bien utiles, ce qui m’a permis d’agrandir la surface extérieure, d’ajouter une véranda et un savant système d’éclairage. Je peux vous dire qu’on en a fait des soirées à refaire le monde, avec mes amis et même des gens que je connaissais moins mais qui pouvaient m’être utiles. Certains m’ont même payé pour avoir le droit de venir à ces apéritifs dînatoires. Ça m’a servi d’argent de poche. Et j’ai eu la chance de ne pas avoir trop de boulot pour assurer tout ça. Mes parents non plus. Ils n’avaient qu’à encaisser leur salaire, c’est tout. Après, les emplois fictifs, ça n’a plus été possible.  C’était vraiment le bon temps. Dommage que des lois moralisatrices soient passées par là entre-temps.