Il y a des films qui vous marquent à vie et qui deviennent une telle évidence que jamais ils ne vous quitteront, leurs personnages vous resteront familiers et parfois (ou souvent), vous penserez à eux comme à des amis proches ou à des cousins peut-être un peu trop éloignés géographiquement car vous aimeriez tellement les revoir mais ça n’est jamais si facile que ça. Et hier, justement, ça m’est arrivé, j’ai pris un film en pleine figure et en plein cœur et j’en suis sorti un peu abasourdi de ce coup de cœur et de ce bien-être avec ces deux femmes et cet homme.

Les deux Catherine et Olivier, un trio inédit et qui a si bien fonctionné chez moi : Deneuve, Frot et Gourmet. Le film, c’est Sage-femme, au titre à double sens, réalisé par Martin Provost. Il raconte les retrouvailles, trente ans après, entre Claire (Catherine Frot) et Béatrice (Catherine Deneuve), cette dernière ayant été la dernière compagne du père de la première, qui l’a quitté juste avant qu’il ne se tire une balle en plein dans le cœur. Un deuil difficile à faire et une vie bien carrée pour Claire et une vie toujours dissolue pour Béatrice, comme une fuite perpétuelle en avant.  

La rencontre entre les deux femmes, compliquée, au début va prendre un tour peut-être un peu attendu, parce qu’espéré, et elles vont finir l’une par pardonner à l’autre et l’autre à se faire aimer par la première. Un duo palpitant, tout en éclats, parfois de rire et souvent de colères mais elles vont vraiment se (re)trouver et nous procurer des jolis moments. Les deux actrices sont épatantes et très à leur place, on aime être avec elles même dans certains moments un peu plus intimes que d’autres où on se demande si on n’est pas un peu voyeur.

Et au milieu, ne coule pas une rivière mais un torrent d’amour en la présence d’Olivier Gourmet (Paul) dans un rôle très inattendu, le rôle d’un amoureux plus romantique qu’il ne pourrait le laisser paraître, un conducteur de camion, comme il dit, qui tombe sous le charme de Catherine Frot et qui va également séduire Catherine Deneuve , mais là, en tout bien, tout honneur. Et ce trio va vivre ensemble des moments enfin heureux. Et partagés. Olivier Gourmet sublimé par la caméra du réalisateur. Un acteur qu’on n’aurait jamais pu définir comme beau, jusqu’à ce film.

Des seconds rôles parfaits et des bisous volés, à peine, juste empruntés peut-être. Celui de Deneuve et Frot, juste un instant, lèvres contre lèvres et celui entre Deneuve et le fils de Frot, comme ça aussi, spontané, une erreur de vieillesse de la part de Béatrice ? Non, un très joli bisou d’amour donné comme un adieu enfin assumé à celui qu’elle a peut-être vraiment tant aimé : le père de Claire. Vraiment, ce film n’est peut-être pas le chef d’œuvre du siècle mais c’est sans doute un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir.