Écrire dans le vide, écrire pour rien. C’est ça. Si ça se trouve, j’aurai écrit pour rien. Tout ça. Tout ce que j’avais envie de dire, aujourd’hui, je l’aurai dit pour des prunes. Comme si j’avais parlé à un violon et pissé contre un mur. Aucune oreille ne m’aura entendu. N’aura entendu mon cri. Pas un cri désespéré, non, juste un cri d’existence après une espèce de sieste qui s’est légèrement éternisée. Pas un cri qui fait peur, à la Munch, non, juste un cri dans le vide, un cri pour rien. Un écrit comme un chuchotement. À peine audible.    

Je n’ai pas appelé Aline non plus. Je sais très bien qu’elle ne m’aurait pas entendu, de toute façon. Puisque crier pour ne rien dire, c’est pire que de ne rien dire du tout. Le silence, dans ce cas-là, c’est une comme une abstention et moi, les abstentions, je ne suis pas trop pour. Je pense qu’il faut assumer ce qu’on pense et je dis qu’il faut assumer ce qu’on dit. Alors que pour certains, quand on y pense… je dis ça, je ne dis rien. Mais je sais ce que je sais. Et personne ne me fera dire ce que je ne pense pas ni ne pas dire ce que je pense. 

Mieux valait-il me taire et faire comme si de rien n’était ? Non, je crois que ça fait partie de ma discipline quotidienne. Pour d’autres, c’est le pain. Ou le journal. Non, moi, c’est d’écrire. Un peu chaque jour. Pour dire ce que j’ai à dire. Pour pousser mon cri comme chaque nouveau-né puisque chaque jour est un jour nouveau. Et là, aujourd’hui, on voudrait me museler pour que je ne parle pas ? Que se passe-t-il chez Canalblog ? Je n’arrive pas à accéder à mon espace personnel. Ça veut bien dire qu’on veut m’empêcher d’écrire.