Je n’ai pas encore pris ma douche, coupé dans mon élan par l’intervention annoncée de François Fillon, prévue à midi pile. Sauf qu’elle n’a eu lieu qu’à 12h30. Une demi-heure de retard. Un temps infini pour imaginer toutes sortes de scenarii : que va-t-il donc annoncer ?

Je vous jure que j’ai failli écrire un billet avant son allocution en essayant de deviner quel allait en être le contenu mais je ne me suis pas lancé car j’avais peur de rater le début et ma foi, tant pis, si j’avais imaginé ce qui allait être dit, mes dons de voyance, on s’en fout un peu, non ?

Bon, puisque vous insistez : j’ai imaginé qu’il allait se retirer. Car franchement, tant d’attente et de suspense, c’était forcément pour annoncer quelque chose de très fort. J’ai imaginé qu’il allait tenter de se pendre devant les journalistes. Mais ça n’était pas très crédible.

J’ai encore imaginé qu’il allait annoncer son divorce avec Pénélope, histoire de se faire laver de tout soupçon : ce n’était pas pour moi, c’était uniquement pour elle, je ne veux pas de son argent, qu’elle le gère tout seule. Comme une grande. Je ne veux plus en entendre parler.

J’ai imaginé qu’il allait être mis en examen puis incarcéré, faisant son Q.G. de la prison de la Santé, comble de l’ironie, à mes yeux.  J’ai imaginé qu’il allait respecter sa parole de fin janvier : « je ne renoncerai que si je suis mis en examen.»  Et donc, ça allait être un véritable coup de tonnerre.

J’ai attendu, comme tout le monde. J’ai attendu pour déjeuner même si j’avais très faim. J’ai attendu et j’ai été déçu. Tout ça pour ça. Hormis le choix des mots, très violents, à plusieurs reprises, il n’a fait que répéter ce qu’il nous dit depuis le début, sans s’en lasser, lui.

« C’est un complot (et même « un assassinat politique » !), je continuerai, ça décuple mes forces pour continuer, je garde la tête haute, on ne veut pas que je redresse le pays, mon deuxième prénom, c’est Caliméro, pourquoi tout le monde m’en veut, c’est louche, non ? »

Après, j’ai déjeuné et je suis en train de digérer. Mon repas et cette allocution. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens un peu lourd. Je me dis que vraiment, tout ça pour ça ? Pourquoi autant de mise en scène ? Autant de mauvaise mise en scène ? Mon dieu, quelle histoire !

Comment voulez-vous que l’on puisse encore à y croire ? Entre celle qui ne veut pas se rendre à la convocation qui lui a été adressée et l’autre, qui continuera malgré tout, quoiqu’on lui fasse comme misères, franchement, il y a de quoi se mettre à pleurer tant le niveau est minable.

Je suis en colère et je suis triste. Réduire une campagne électorale à un feuilleton juridico-politicien, ce n’est pas digne d’une démocratie qui se respecte. Que chacun prenne ses responsabilités et qu’on parle enfin des vrais sujets. C’est valable pour tout le monde, non ?

Lundi, je suis allé voir Chez nous, le film de Lucas Belvaux. Tout comme Le ciel attendra, de Marie- Castille Mention-Schaar, à l’automne dernier. Je pense qu’il serait important que tout le monde aille les voir, ces films vérités. Un devoir civique. Pour prendre un peu de recul.