Franck et Nick se mettent à table. Ils se sont vus pour déjeuner, ce midi. Normalement, ce rendez-vous était pour parler de plusieurs choses et ils espéraient tous les deux, chacun de son côté, que ça resterait discret, que personne ne le saurait mais pas de chance, les journalistes ont très rapidement été au courant et de ce fait, tout le monde le sait. Même ceux que ça n’intéresse pas.

Personnellement, j’aurais pu ne pas en parler mais comble du hasard, j’étais justement assis à la table à côté de celle de Franck et Nick et malgré moi, je jure que c’était bien malgré moi, j’ai entendu une grande partie de leur discussion, entre deux bouchées. Même que parfois, j’arrêtais même de mastiquer pour être certain de bien entendre tant parfois, ça me stupéfiait.

Aussi, je vais répéter ici quelques-uns des échanges les plus intéressants mais je continuerai de préserver leur anonymat en ne dévoilant pas leurs vrais noms, d’où les pseudos Franck et Nick mais aussi ceux de leur femme respective, je ne veux pas qu’on m’attaque en diffamation, moi, vous savez, on ne sait jamais, avec les hommes politiques, quand ils se sentent acculés…

« Dis-moi, Franck, ça va, ta femme ? » « Elle fait bonne figure mais ça la perturbe beaucoup. Elle n’ose plus sortir. Et encore moins sortir un billet de cinq euros à la boulangerie. Elle a l’impression que tout le monde va lui reprocher d’avoir un peu d’espèces sur elle. » « Elle devrait porter une perruque pour qu’on ne la reconnaisse pas et changer de prénom… » « Pourquoi ? »

« Parce que franchement, s’appeler Antigone, ça n’existe nulle part ça et pour attirer l’attention, il n’y a pas mieux… » « Mouais mais bon… et toi, Charlotte, elle va bien ? Toujours dans la chanson ? » « Charlotte va bien et elle est contente car comme on parle moins de moi à cause de toi, elle respire un peu. Mais j’ai bien compris qu’elle était très affectée de ma retraite imposée. »

« Franck, je te suggère le canard, ici, il est vraiment très bon et même quand c’est gras, le canard, c’est du bon gras… » « Nick, tu t’entends ? Moi, prendre du canard avec ce qui m’arrive à cause de l’autre, là, l’enchaîné ? » « Oui, tu as raison, c’est nul. Tu vas prendre quoi ? Tu peux prendre cher, c’est toi qui paies ! » « Je vais prendre un vol-au-vent, tiens… » « Tu as raison, moi aussi… »

« Dis-moi, Nick, comment tu fais, toi, à chaque fois qu’on t’attaque, à chaque affaire qu’on dévoile ? » « C’est simple, je nie tout en bloc. » « Même quand c’est vrai ? » « Peu importe que ça soit vrai, ce qui compte, c’est de nier. » « Et tu supportes bien tout ça, quand ça t’arrive ? » « Pas forcément mais je ne le montre pas. Comme toi. Tu ne t’en tires pas si mal que ça, tu sais ?»

« Oui mais bon, ça plombe un peu mon objectif et ça, ça me mine. » « Qu’est-ce que t’en as à faire ? L’important, c’est qu’il y a encore plein de gens qui te suivent. Ils vont te suivre les yeux fermés, profites-en, ça ne dure pas. » « En dessert, je prendrais bien un financier. » « Deux, s’il vous plaît ! Cahuzac, lui, il prenait toujours des petits-suisses, en plus ! » « T’es con, Nick ! »

« Je suis peut-être con mais moi, j’ai fait les choses en grand. Tu te souviens du Sarkothon ? Elle était bonne, celle-là, non ? Tu as vu comment les sympathisants ont donné ? Si tu savais… » « Ne me dis pas que tu en as gardé pour toi ? » « Moi ? Je n’ai jamais dit ça, Franck. C’est comme pour toi, tout ce que tu as fait, c’était dans la légalité. Juste à la limite mais dans la légalité. »