Nous sommes lundi, fin d’après-midi. Il pleuviote. Je vois ça aux dalles de la terrasse qui sont bien mouillées et à cette heure-ci, ça ne peut pas être de la rosée matinale. À moins qu’il existe de la rosée vespérale, ici, au cinquième étage de la résidence la Factory. Mais non, je viens de mettre le nez à la fenêtre et j’ai tendu la main, j’ai senti des gouttes de pluie. Pas une grosse averse, non, une espèce de précipitation humide qui n’est là que pour embêter les gens. Même si à cette heure-ci, à 18h15, un lundi, ça ne porte pas vraiment à conséquence.

Nous sommes lundi, fin d’après-midi et pendant que l’ex-président (mais on le reste toute sa vie, je crois) reçoit Philippe, notre voisin de palier, pour une pré-réunion de conseil syndical en vue de la séance qui aura lieu mercredi, juste à côté. Et moi, pendant ce temps-là, alors que je viens de passer deux heures en cuisine pour précuire ce que j’ai acheté au marché hier, pour le déjeuner de demain midi et pour le repas du soir, comme je n’avais pas envie d’aller m’enfermer dans la chambre, je me suis dit, soudain : « Tiens, et si j’écrivais mon billet de demain dès ce soir ? »

D’où cette espèce de turbulence dans la concordance des temps mais ça ne fait jamais que ressembler à ces émissions de télé, enregistrées des jours voire des semaines à l’avance et qui vous font croire que c’est diffusé le jour J. Sauf que ça y ressemble mais c’est juste une vue de l’esprit car moi, je n’ai pas la prétention de vous faire croire que nous sommes mardi puisque nous sommes lundi, fin d’après-midi. Et demain, ça m’exonèrera d’écrire un billet car en plus, j’ai un rendez-vous à 14 heures pour aller visiter un bureau dans la zone du lac.

Nous sommes lundi, fin d’après-midi. La dame de chez Fip vient d’annoncer l’heure : il est 18h20. À une minute près. On ne va pas être très regardant car peu importe qu’il soit 18h19 ou 18h21. Il faudrait vraiment être formaliste, procédurier voire soupe-au-lait pour relever la chose. Évidemment, c’est pile-poil le jour où le voisin vient à la maison pour une pré-réunion avec le président (on n’est pas « ex » toute sa vie, je crois) que j’avais particulièrement envie de me mettre sur le canapé avant de dîner et, pourquoi pas, d’allumer la télévision et de rester, bêtement devant.

Nous sommes lundi, fin d’après-midi  et donc, tant pis pour moi. C’est juste dommage que les autres ne comprennent pas que le lundi soir, pour moi, c’est le dimanche soir des gens normaux. De ceux qui travaillent du lundi au vendredi. Et demain matin, mardi, quand je vais me lever, probablement à 3h40, je sais déjà que je me dirai que ce serait bien que je fasse la sieste après le déjeuner. Sauf qu’avec ce rendez-vous pour visiter un bureau près du Lac, ça me semble déjà bien compromis. Bah, je récupèrerai ma sieste mercredi après-midi. Si tout va bien. Dans deux jours. Donc demain.