Il n’est pas du tout impossible que je me renie tout seul. Que je m’auto-renie. Parce que là, il est pile huit heures au moment où je commence d’écrire ce billet et comme les bureaux de vote ouvriront dans une heure, il me suffit d’enfiler un pantalon, un pull et un blouson et je peux y être dans les premiers. Au moins, j’aurai fait ce que j’aurai cru bon de faire.

Remplir son devoir citoyen. C’est un peu comme remplir son devoir conjugal. Sauf que là, c’est plus proche de la masturbation politicienne et intellectuelle (intellectuelle ? T’es sûr ?) que le fait de faire l’amour. De toute façon, quand on parle de « devoir », c’est rarement associé à une notion de plaisir. Il faut le faire. Ce n’est pas forcément de gaîté de cœur.  

J’ai trois solutions : soit voter utile en fonction de celui des deux que je trouve le moins pire. Soit voter pour le candidat que j’avais soutenu la semaine dernière même s’il a été éliminé au premier tour. Histoire d’appuyer là où ça me ferait du bien. Mais mon bulletin serait considéré comme nul et cette idée ne me plaît pas. Soit voter blanc. Mais ça risque d’être pris pour du racisme ?

Je me tâte, je me tâte (vous voyez, on n’est vraiment pas loin de la masturbation dont je parlais dans le deuxième paragraphe) et je pense que je vais agir et réagir dans l’instant. Il me faut environ un quart d’heure pour me rendre en ville. J’ai donc jusqu’à 8h45 pour prendre ma décision. Pour savoir si je vais succomber à la tentation ou pas. Pour savoir si je vais être séduit. Ou pas.

« Tu as de beaux yeux. » Je ne lui ai pas dit « Tu sais » mais je l’ai pensé. Je m’attendais à la réponse la plus évidente du monde : « Embrasse-moi » mais non. Ce que j’ai entendu, c’est d’une banalité affligeante : « Je suis comme tout le monde, j’ai deux yeux. » C’est là que j’ai compris qu’aimer, même si c’est ce qu’il y a de plus beau, c’est surtout une chose difficile à partager.