À chaque nouvel électeur qui présentait sa carte, j’ai eu l’impression que c’était le premier de la journée qui arrivait pour voter. Alors qu’il était déjà 9h45. La dame au visage très crémé et le monsieur avec les lunettes rondes, malgré le fait qu’ils arboraient un badge montrant qu’ils faisaient partie de la désorganisation de ces primaires socialistes, on aurait dit qu’ils débarquaient toutes les cinq minutes. Probablement des poissons rouges qu’on a sortis de leur bocal, qu’on a déguisé en gens d’apparence bien sur eux, entre trois âges et qui en avaient la mémoire volatile. Ou alternative. Un coup, elle fonctionne, un coup, non.  

À un moment, la dame hyper-crémée (trop de corps gras sur la figure, ça doit ramollir les neurones) a dû s’occuper d’une jeune fille à qui il fallait faire une « inscription » manuelle dans le livre des électeurs car elle avait fait con changement d’adresse mais n’avait pas reçu sa carte. Je vous le jure, la dame tartinée a demandé aux monsieur aux lunettes rondes qui lui donnaient un air ahuri « quel numéro je dois lui donner ? » Je vous jure que c’est vrai, ça a pris plus de cinq minutes pour que le monsieur, qui vaquait à une autre occupation, lui réponde de prendre le numéro suivant du dernier de la liste des électeurs. Un enfant de cinq ans aurait su le faire tout seul, ça. 

« Et ensuite, vous continuez la série avec des numéros qui se suivent, hein ? », ce à quoi la dame beurrée a acquiescé, satisfaite qu’on lui ait ôté cette épine du pied. Mais alors, je me demande : on a eu les derniers de la classe, en soldes ou alors, ce sont des socialistes à l’image de cette Gauche qui semble partir en couilles ? J’ai voté. Parce que l’un d’eux, un homme, m’a plu dans ses idées mais franchement ? Je n’y crois pas. Je l’ai fait pour avoir ma conscience pour moi mais à quoi bon, hein ? Où es-tu donc passé, mon Saint-Germain des Prés et où sont les lendemains qui pourraient chanter ? Ils sont absorbés dans ce grand délitement des choses. Engloutis. Perdus à jamais ?