Peu après ma naissance, pour mon baptême, je me souviens très bien de ce qu’il y avait à manger. Du lait pour moi, évidemment. Et pour la famille, mes parents, mon parrain et ma marraine, mon grand-frère, mes grands-parents et probablement que c’est tout, je n’en ai pas beaucoup de souvenirs, il y avait une jolie table avec les plats suivants : des feuilles d’endives avec un tartare de noix de St Jacques à la truffe blanche ; des quenelles nature à la sauce béchamel ; de la lotte aux salsifis et des meringues avec de la glace au citron   

Pour ma communion solennelle, on n’a pas pu refaire le même genre de menu. Alors, je me souviens qu’on s’était orientés vers ce qui suit : une crème de maïs aux haricots beurre ; des œufs mimosa ; du sauté de porc aux haricots beurre et un gâteau ananas/banane/citron. Et là, j’ai commencé à me dire que c’était étrange de retrouver du citron pour ces deux grandes occasions. Je me suis demandé pourquoi. Et même encore aujourd’hui,  plus de quarante ans après, je me pose toujours la question et peut-être quitterai-je ce monde sans jamais avoir eu la réponse.

Après, je suis parti vivre à la capitale. Et là, pour mon premier vrai dîner de gala, un dîner important, plus que tous les autres, précédemment vécus, là, rue Duhesme, je me souviens très bien de tout le menu, plus qu’audacieux compte tenu des invitées dont deux particulièrement difficiles, Christiane et Marthe : des feuilles de vigne farcies ; une terrine d’avocats en gelée ; un sauté d’agneau à l’oseille et aux haricots verts et un entremets au kiwi. Vous voulez que je vous dise ? Franchement ? Ça n’a pas été à la hauteur de mes ambitions, je le reconnais humblement.

Pour mon mariage, c’était en plein été et là, nous étions un peu plus de vingt personnes, pas le gros mariage ni le mariage du siècle mais ça ne nous a pas empêchés de faire un bon repas de fête. Nous avons commencé par des mini poivrons farcis à la tomate et à la viande de grison avant de continuer avec un tartare de tomates et de fraises délicatement posé sur des feuilles de salade trévise, puis du magret de canard saignant aux cerises et aux pêches de vigne et enfin, un bavarois à la framboise. Ce n’était vraiment pas lourd pour un soir, il me semble qu’on a tous bien digéré.

Le jour de mes funérailles, là encore, je m’en souviens si bien que je vais même peut-être m’en souvenir pour l’éternité : des sushis de riz à l’encre de seiche en feuilles d’algues ; des petites tarte Tatin de boudin noir aux trompettes de la mort ; un civet de lièvre aux lentilles et une mousse au chocolat aux figues. Ce n’est pas mon meilleur souvenir de repas mais pour celui-ci, je m’en suis un peu foutu, j’avais une bonne excuse pour ne pas avoir faim. Du coup, j’ai laissé des restes. Pour un enterrement, personnellement, je trouve ça plutôt cocasse.