Pendant qu’il bruinasse sur Bordeaux, il pleut sur Berlin. Et je me dis qu’on a encore de la chance, nous. La bruine, ce n’est pas trop gênant, encore. Quoique… quoique…

La terrasse n’a jamais été aussi propre depuis des semaines. Cette eau qui fait un peu semblant de tomber, finalement, elle a bien mouillé les dalles en les nettoyant, lentement mais sûrement. Ça fera du bien, un peu d’humidité qui reste surtout pour les plantes. Il y a très longtemps qu’on subissait un temps anormalement sec. C’est comme quand on passe des mois sans rien apprendre et soudain, on vous annonce l’horreur. Que ce soit à Paris, à Nice ou à Berlin, pour ne citer que ces trois villes, c’est toujours la même chose. On vit dans une espèce d’insouciance et soudain, on nous rappelle brutalement à une mauvaise réalité. À une réalité qui ressemble plus à un cauchemar qu’à autre chose.

Pendant que le ciel est bas et gris, sur Bordeaux, il est lourd et noir sur Berlin. Et je me demande pour qui, comment et pourquoi ? Le goût de l’eau, le goût du pain et celui du perlimpinpin…

Je rentre d’un tour en ville. Des corvées à effectuer. Passer récupérer un colis en retard à la Fnac, acheter du pain afin de me faire mon sandwich pour demain matin, déposer une lettre à la Poste pour Christian, là-haut de France, aller chercher un CD réservé à la bibliothèque et acheter un rouleau de papier cadeau pour le buste de David. En faisant tout ça, j’ai pensé à Arnold, plusieurs fois. Il m’a répondu qu’il était touché de mon message mais surtout très choqué de ce qui était arrivé. Nous sommes pareils, faits de la même eau, nous sommes très inquiets sur notre avenir. Mais nous ferons avec.

Pendant que le jour est en train de se dire que ça commence à bien faire, qu’il va aller se coucher pour laisser place à la nuit, sur Bordeaux, il fait déjà bien sombre sur Berlin.