Quand elle est arrivée au bureau, ce matin, à 6h et quelques, Virginia (en réalité, elle se prénomme Virginie mais comme je ne veux pas prendre le risque qu’on la reconnaisse… question de respect du droit à l’image et à la vie privée…), elle est venue me claquer deux bises, comme chaque matin. Et Virginia, comment dire, c’est une petite nana de 26 ou 27 ans, en couple avec son mec, qui travaille également dans la société et ils ont deux enfants, deux petits garçons et puis voilà, quoi.

Avec Virginia, nous avons travaillé dans le même service administratif pendant plusieurs années mais pas forcément dans le même bureau même si elle ne s’est jamais cachée de son désir inassouvi de venir en face ou à côté de moi. Mais moi, non, je lui ai toujours dit « non », protégé que j’ai toujours été par l’organisation même de l’entreprise. Sauvé par le gong, quoi, non ? En même temps, ça n’aurait pas forcément été si désagréable que ça mais non, je n’avais pas envie, un point c’est tout.

Ça n’aurait pas été si désagréable que ça parce qu’elle est gentille et rigolote mais elle est très pipelette et nous n’avons pas la même façon de travailler et moi, en face ou à côté de moi, si je dois avec quelqu’un, il me faut un(e) collègue qui soit dans le même état d’esprit que le mien. Et je reconnais que les fois où nous avons travaillé vraiment ensemble, j’étais sans arrêt distrait et ça, ça ne me va pas. Pas quand je ne l’ai pas décidé. C’est ainsi et ce n’est pas autrement.

Elle est gentille, ça, c’est sûr. L’an passé, par exemple, elle a absolument voulu me faire un cadeau pour mon anniversaire (elle s’en souvient d’autant plus que son premier fils est né la veille de moi – pas la même année, bien sûr) et elle me l’avait offert accompagné d’une adorable carte dans laquelle j’avais ressenti toute l’affection qu’elle pouvait avoir envers moi et ce, malgré les fois où je l’ai un peu bousculée. Et quand je dis « un peu », c’est un doux euphémisme, quand j’y repense…

Bref, ce matin, elle vient me claquer deux bises en me gratifiant d’un « salut, le vieux ! » et moi, un peu pris de court, repensant à ces kilos qu’elle n’arrive pas à perdre depuis son accouchement du printemps dernier, vu qu’elle en parle régulièrement elle-même, je lui réponds finalement : « bonjour, la grosse ! » et elle éclate de rire en me disant : « je préfère être grosse que vieille » « Ne t’inquiète pas, un jour tu seras les deux !  » Et toc ! Elle l’a bien cherché, Virginia, non ?