C’est le début de la fortune. Il m’aura attendu tout ce temps pour que l’argent commence enfin à couler à flots dans ma bourse. Il était temps, à un peu moins de cinq ans de la retraite (si tout va bien), je vais pouvoir commencer à capitaliser de façon optimale et espérer m’en sortir honorablement quand je ne serai plus dans le circuit de la vie active. Pourquoi annoncé-je ça comme ça, un lundi après-midi de décembre ? Parce qu’il m’est arrivé une chose incroyable hier. Et aujourd’hui. Une série de choses incroyables. Et quand ça n’arrive qu’une fois, on dit que c’est le hasard. Quand ça arrive deux fois, ça fait quand même réfléchir. Et quand ça arrive trois fois, là, il n’est plus permis de douter.

Hier midi, en arrivant par le tram place des Quinconces, avant d’aller à la Brasserie de l’Orléans, pour  y déjeuner avec le patron et le président, comme nous attendions le premier, je suis allé marcher quelques minutes dans les parages. Et à un moment, je trouve une pièce de cinq centimes par terre. Alors, je regarde autour de moi et discrètement, je la ramasse, mine de rien. On ne sait jamais, ça pourrait être filmé pour une caméra cachée.  Ou encore, pire, un rapiat, pouvait me dire que c’était à lui et bon, se bagarrer pour cinq centimes, bof, hein, oui ? La pièce était sale mais ça ne fait rien, j’ai pris un mouchoir dans ma poche, un mouchoir qui avait déjà servi et je l’ai essuyée avant de la ranger soigneusement dans mon porte-monnaie. Un bon placement comme celui-ci, il n’y a pas mieux pour une telle somme.

Après déjeuner, je suis allé chez le patron pour régler deux ou trois affaires et en sortant, place Pey Berland, cette fois, mon œil est attiré par un rond par terre. Une autre pièce de cinq centimes. Personne ? Je la ramasse. Celle-ci était propre, pas besoin de l’essuyer. Direction immédiate dans mon porte-monnaie. Et après m’être dit que décidément, le 11 décembre était peut-être mon jour de chance, je suis passé à autre chose. Et tout à l’heure, en arrivant du centre-ville, vers la station des Hangars, cette fois, petit joueur, une pièce de deux centimes. Je l’ai également mise dans ma bourse en attendant qu’elle me rapporte un peu. Il n’empêche que tout cet argent qui me tombe du ciel, non, du sol, ça me tourne un peu la tête. La preuve ? Tout à l’heure, en préparant mon sandwich pour demain matin, au boulot, j’ai mis la confiture du mauvais côté du pain. Il va falloir que je redescende sur terre. C’est bien que je continue de travailler. Même après avoir trouvé autant d’argent.