Hier soir, en allant assister à un récital de piano, dans le cadre de l’Esprit du Piano, à l’Auditorium de Bordeaux, j’ai pu entendre trois morceaux très intéressants, joués par Ismaël Margain et Guillaume Vincent. J’ai beaucoup aimé la ballade n°1 de Chopin, j’ai été décontenancé par la ballade n°2 de Liszt et j’ai été embarqué par les 6 études canon de Robert Schumann (qui est mort évidemment mais qui n’est pas Mort…)

En revanche, je n’ai pas d’opinion très positive des 33 lieder de Brahms présentés en deuxième partie de soirée, avec les deux pianistes et le chœur de l’Orchestre National de Bordeaux. Je suis sceptique car si j’aime le piano et si j’aime les ensembles vocaux, là, j’ai trouvé ça peu à mon goût et surtout, interminable. Peu à mon goût car je n’ai pas compris la pertinence de mettre un piano à quatre mains entouré d’une vingtaine ou d’une trentaine de choristes.

Très souvent, j’ai ressenti de l’arythmie entre la musique et les voix, quelque chose de pas très plaisant à l’oreille et je me suis beaucoup ennuyé. Alors que, quand on lit les traductions de certains de ces lieder (un lied est un poème germanique chanté et accompagné d’un piano ou d’un orchestre), on est très surpris par leur beauté simple, parfois par une autre beauté, plus rugueuse, plus énigmatique. Mais peut-être fallait-il mieux en connaître le contexte pour tous les comprendre.

Alors, à défaut d’avoir aimé ce que j’ai entendu, dans ces 33 pièces très courtes, certaines ne duraient que quelques secondes, j’ai juste envie de partager certains de ces poèmes, comme ça, sans autre présentation, juste pour le plaisir de leurs mots :

Sombres ombres de la nuit

 

Sombres ombres de la nuit

Dangers de vagues et tourbillons !

Ceux qui paisiblement

Restent sur la terre ferme

Sont-ils en mesure de vous comprendre ?

Ceux-là seuls le sont

Qui sur la mer sauvage

Naviguent dans la solitude

À des milles de la côte.

 

À chaque main mes doigts

 

À chaque main mes doigts

Étaient couverts d’anneaux

Que m’avait offerts mon frère

Avec tendresse

Et les uns après les autres

Je les ai donnés à ce bel,

Mais indigne, adolescent.

 

Vague après vague, les flots de la pluie

 

Vague après vague, les flots de la pluie

Dévalent de la montagne

Et je te donnerais volontiers

Cent mille baisers.

 

Non, mon amour

 

Non, mon amour,

Ne t’assieds pas si près de moi !

Ne regarde pas mon visage

Avec tant de chaleur !

 

Quand ta poitrine s’embrase,

Calme tes pulsions,

Que le monde ne voie pas

Combien nous nous aimons.

 

Le buisson tremble

 

Le buisson tremble

Effleuré par le vol

D’un petit oiseau.

De la même façon

Mon âme est agitée

Par l’amour, le plaisir et la douleur,

Quand elle pense à toi.

 

Évidemment, ça n’y ressemble pas du tout, mais je trouve que ces poèmes courts ont des faux airs de haïkus. Peut-être juste par le fait qu’ils soient courts et très concis. Mais attention, je n’ai pas dit que c’était la même chose. Je suis peut-être un peu fatigué mais pas à ce point-là. La la la… Di da da… Di la da di da da…