Certains mettent dix minutes pour faire l’amour et jouir (sans forcément tenir compte du plaisir de l’autre), douche comprise et moi, là, à l’instant, j’en ai fait 61 en cinquante minutes, vaisselle comprise. Et je n’ai pas pris mon pied. Le seul plaisir que je pourrais éventuellement ressentir, c’est celui que je suppose à venir demain midi quand nous irons déjeuner chez Bernard Kayak (bien sûr que non, ça n’est pas son vrai nom, je ne suis pas fou au point de le donner ici sans son accord même si je crois qu’il le serait, d’accord) quand je verrai un sourire illuminer son visage et quand le patron en fera autant et qu’ils se lècheront tous les deux les babines tout en salivant.

Bien sûr que ce ne sera pas en me voyant moi qu’ils auront ces réactions de désir, il ne faut pas rêver non plus, je ne fais pas cet effet-là ou alors, à mon corps défendant. Non, ce qui les mettra dans cet état-là, ce sera de voir les 61 bouchées au chocolat que je viens de faire en cinquante minutes, vaisselle comprise. Mon record est donc battu. Tant en termes de nombre de ces petites choses qu’en temps passé. Je suis d’ailleurs assez fier de moi et encore plus quand je vois que je ne me suis même pas léché les doigts une seule fois. Ni même les deux cuillers, la grande et la petite. Ni même le plat. Non, rien de rien. Il faut dire que je n’aime pas le chocolat.

Mais alors pourquoi fais-je ça ? Tout simplement parce que je pense, parce que je suis quasiment persuadé que demain, en les apportant chez Bernard Kayak, ça fera plaisir. Plaisir d’offrir, joie de recevoir. Et en plus, cette fois, j’ai mis le paquet dans la variété de ces bouchées et donc, dans la présentation : coco confite et râpée, cerneaux de noix et hachis de noisettes, framboise et hachis de pistaches, banane et coco râpée et pour finir, gingembre confit et piment d’Espelette pour les plus courageux. Il y en a de toutes les couleurs ou presque. Et pour tous les goûts. Sauf le mien. Mais ça ne fait rien. Là, elles sont toutes en train de durcir dans le réfrigérateur. Et moi, je vais aller faire la sieste. C’est bien mérité, je trouve.