Oui, c’est étonnant, hein ? En général, on dit toujours qu’il pleut car pleuvoir est un verbe impersonnel en plus d’être complètement intransitif. Mais peu me chaut que toutes ces considérations d’ordre grammaticales, aujourd’hui, j’ai décidé que j’allais pleuvoir. Histoire de montrer au monde quelle est l’étendue de mes pouvoirs. Parce que j’ai plein de pouvoirs. Et pas seulement quand j’allais assister aux assemblées générales de la précédente copropriété dont je faisais partie.  Non, j’ai aussi plein de pouvoirs extra-ordinaires.

Je ne vais malheureusement (pour vous) pas les énumérer ici car certains sont trop personnels pour être divulgués et ce sont des secrets qui ne sont transmis que de génération en génération. Et seuls mes descendants n’en connaîtront les arcanes. Ou alors, il faudrait vraiment que je me fasse aveugler d’amour absolu pour en parler avec quelqu’un de non élu. Je peux juste vous dire que j’ai le pouvoir de pleuvoir. Quand je m’ennuie, des fois (et aussi un peu pour ennuyer les autres, c’est assez drôle de ce point de vue-là, vous savez), eh bien rien que le fait de me mettre à pleuvoir et je me sens mieux.

C’est toujours mieux que de pleurer dans son coin. Il y a quand même une grosse différence entre pleurer et pleuvoir. Pleurer, c’est en général sur soi, pour soi et, éventuellement, pour quelques proches, autour de soi à l’instant T. Pleuvoir, c’est avant tout sur les autres, sur la ville, sur le pays… voire sur le reste du monde. Ça dépend de mon bon vouloir. Et de mon degré d’ennui qui est, en général, je peux le dire, inversement proportionnel à mon taux d’humidité personnel (ça, c’est de la formule, je trouve !... il faudra que je pense à la codifier pour que les générations futures puissent l’étudier, tiens… oui, ça, c’est une bonne idée.)

Et tout à l’heure, alors que je ne m’ennuyais pas plus que ça mais j’attendais tout simplement Laura, la femme de ménage qui avait annoncé qu’elle serait en retard à cause d’une manifestation en ville qui bloquait la circulation des trams et je n’osais rien entreprendre car j’avais peur d’être dérangé au moment où j’allais m’y mettre. Alors, je me suis mis à la fenêtre et j’ai trouvé que ça suffisait, les coins de ciel bleu et les nuages blancs. J’ai décidé que j’allais pleuvoir. J’ai fortement pensé à la couleur grise et je me suis concentré sur le résultat que je voulais attendre. Et je crois que j’y suis bien arrivé et ça m’a bien amusé.

J’ai vu des gens tout surpris de voir une telle averse aussi imprévue. Parce que moi, quand je pleus, je ne fais pas semblant. En plus, je pleus froid, aujourd’hui et ça, c’est assez peu courant sauf au plein de cœur de certains hivers. Et ça m’a fait rire. Pas aux larmes (citoyens) mais pas loin. Ce qui était préférable car il valait mieux ne pas trop en ajouter. Trop d’eau tu l’eau. Et quand on dit cette courte phrase très rapidement, à haute voix, elle sonne étrangement. Comme une phrase étrangère. Une musicalité exotique. Singing in the rain, tout compte fait. Et soudain, je me dis que ça ne vaut pas quand j’étais jeune car là, je peux vous dire que j’ai plus plu qu’aujourd’hui. Mais là, en ce mardi 8 novembre, c’est décidé, je pleus.