Évidemment, j’ai fini par succomber. Et c’est arrivé un dimanche, hier. Je n’ai rien vu venir. Mais là, quand je me suis assis devant mon ordinateur, après déjeuner, histoire de voir si j’avais quelques inspirations (expiration, inspiration, expiration, inspiration, expiration, inspiration… pardon, je viens juste de reprendre mon souffle…), alors que je pensais éventuellement écrire quelque chose de léger, voire de drôle ou, pourquoi pas, un billet d’humeur sur les primaires républicaines ou l’approche des élections présidentielles américaines, ne voilà-t-il pas que je me suis retrouvé à versifier. Librement, certes, mais versifier quand même. Chassez le naturel et il revient au galop, on dirait bien que ce dicton (ou ce proverbe) est donc bien fondé.

Oui mais alors, j’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi je n’ai pas su faire autrement que de laisser la prose sur le bas-côté. Pourquoi je n’ai pas pu faire autrement qu’aller à la ligne à chaque fois que ça me semblait plus… poétique. C’est vrai, ça, j’aurais pu dire les mêmes choses en faisant des paragraphes comme je le fais d’habitude. Et bien non, j’ai versifié mais je n’ai même pas rimaillé. Alors, c’est à se demander si j’avais vraiment besoin de passer par la poésie pour exprimer ce que j’avais en moi. Je n’ai qu’à dire que oui, bien sûr. Sinon, je ne l’aurais pas fait ainsi. Et l’avantage de la poésie, c’est qu’on peut-être un peu moins concis ou un peu moins dans l’évidence, on peut se permettre d’être abscons. De faire passer des idées par des images, des symboles, des paraboles…

Ça n’est jamais tout à fait pareil quand on écrit de la prose. Et pourtant, on dit bien qu’il existe des poèmes en prose mais on a beau dire, on a beau faire, la forme compte beaucoup. Et j’en ai composé, jadis et naguère, moi, des poèmes en prose car ils ne nécessitaient pas d’être écrits en vers (et contre tout ?) mais à chaque fois que j’en ai écrit en vers, c’est vraiment parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. C’est ainsi. En tout cas, c’est probablement parce que tout ce qui m’entoure n’a rien de vraiment beau que j’ai besoin de compenser. Je ne vois pas d’autre explication. Devant moi, ce n’est pas très joli, joli. Si je veux continuer d’avancer, il va bien falloir que je trouve des moyens de contourner tout ça. Des chemins de traverse. C’est juste pour me sentir mieux. Vraiment.