Je pense que je n’ai pas tout compris. Soit je me suis fait avoir dans les grandes largeurs, soit je n’ai pas tout compris. J’espère seulement (et surtout) que c’est moi qui n’ai pas tout compris. Je m’explique : hier, je suis allé consulter un spécialiste pour les maladies liées à la poésie parce que j’avais un début de poétite (voir billet d’avant d’hier) et j’en ai fait un compte rendu que je trouve parfaitement résumé (voir billet d’hier.) Sauf que, sur le moment, je n’ai pas fait plus attention que ça mais quand même, j’aurais dû. Peut-être que j’aurais dû, oui. Car, en y repensant de plus près (!), ce médecin a eu des attitudes et des réactions étranges. Pour ne pas dire bizarres.

Tout d’abord, moi qui pensais tomber sur un médecin genre psychiatre ou psychanalyste, je suis tombé sur un docteur en blouse blanche avec un stéthoscope en guise de pectoral et son cabinet n’avait rien de relaxant puisque même s’il y avait un petit canapé destiné à ceux qui viennent sans doute lui confier leurs secrets, il y avait notamment ce grand fauteuil équipé d’étriers, de portes-cuisses et d’une bassine en inox. Ce genre de fauteuil qu’on trouve principalement chez les gynécologues. Non pas que j’en ai une expérience personnelle mais tout le monde sait ça, non ? Enfin, je crois. Mais de toute façon, ça n’est pas la question.

Non, la question est de savoir, alors que je venais principalement m’entretenir avec lui pour savoir si ce retour de poésie était normal en moi, à mon âge (!), la question est de savoir pourquoi, dès que je suis arrivé, il m’a demandé de me déshabiller et je me suis retrouvé en slip devant lui en priant Dieu (s’il existe) qu’il ne me fasse pas m’asseoir sur le fauteuil de gynécologie, fusse-t-il le plus confortable du monde. Mais heureusement, le toubib m’a d’abord proposé le petit divan. Et je peux vous dire qu’il ne fait pas chaud quand on est en sous-vêtement sur un canapé en cuir. Si encore il avait fait chaud mais c’était un peu juste, dans son cabinet. Et j’ai frissonné à plusieurs reprises.

Vous semblez trémuler, avez-vous froid ? Me suis-je entendu demander. Je n’ai pas très chaud, non. Je peux vous donner une courtepointe, si vous voulez. Non merci, je pense que ça ira. Je vais m’y faire. Et nous avons parlé. Surtout moi. Je lui ai dit tout ce que je pouvais lui dire. De temps en temps, il m’aiguillait en me disant quelque chose qui me poussait un peu dans mes retranchements. Jusqu’à ce qu’il s’inquiète d’une éventuelle envie pressante : avez-vous envie ou besoin de lansquiner ? Euh, non, je peux tenir encore. Mais vous avez une drôle de façon de vous exprimer, docteur. Je suis un spécialiste dans toutes les pathologies du langage, qu’il soit oral ou écrit, n’oubliez pas.

Et je m’autorise quelques licences de vocabulaires quand le patient que je reçois me semble apte à entendre une langue plus précise ou plus imagée. Voire plus poétique. Oui, mais alors pourquoi le grand fauteuil, là-bas ? Parce qu’il est parfois important de faire sortir les choses qui peuvent bloquer un auteur, un artiste. Avec tact et doigté. Mais avec vous, ça ne sera peut-être pas nécessaire. Vous avez tout au bord des lèvres et sur le bout de la langue. Ça va sans doute se débloquer tout seul sans que vous n’y preniez garde. Maintenant, si vous avez besoin d’aide… a-t-il ajouté en montrant des gants en latex. Non, je pense que ça ira. Merci docteur.  Combien vous dois-je ?