Vous savez quoi ? Je ne suis pas là. Je ne serai pas là de toute l’après-midi. Je ne serai ni visible, ni joignable. Je serai aux abonnés absents et j’aurai donc forcément tort mais je m’en fous. Je ne suis là pour personne. Je m’octroie une réclusion de trois à quatre heures. Une retraite qui n’a rien de celle que j’attends mais une retraite spirituelle et organique. Envie de ne parler à personne. Pas même digne de ce nom. Envie de ne voir personne. Pas même un animal, quel qu’il soit. Même pas sûr d’avoir envie de la radio en fond sonore. Non, je veux être au fond d’un trou. Comme dans une grotte. Comme un ermite. Appelez-moi Bernard et ça ira bien comme ça.  

Vous savez quoi ? Si on vous demande, justement, vous direz que vous ne savez rien. Pas la peine de faire venir des journalistes qui vous fouiller partout même dans la merde. Personne ne saura où je suis allé me cacher. Où je suis allé me terrer. Où je suis allé me taire. Même ceux pour qui j’ai de la sympathie, ils n’en sauront pas plus. Quant aux autres et consorts, qu’on les sorte et qu’ils disparaissent de ma vue au moins pour quelques heures. Je vais si bien me fondre dans le décor que personne ne me verra même en me passant devant. Je ne bougerai pas d’un iota. Je respirerai lentement. Je ferai comme si je n’existais pas. Et si je n’existais pas ?

Vous savez quoi ? Qu’on me laisse seul avec mon besoin de mutisme, aujourd’hui. On n’a qu’à dire que c’est la journée internationale du silence et comme ça, tout le monde sera content. Surtout moi. Je vais prendre une demi-journée de RTT pour nourrir mon besoin d’asociabilisation. Ou d’asociabilité. Les deux me vont. C’est un jour sans. Un jour où je n’ai pas envie de mes congénères. Un jour de camisole de force pour me laisser me vautrer dans mes faiblesses. Une demi-journée comme une nuit : comme si j’allais dormir et revenir en pleine forme après. C’est tout ce que je me souhaite. Mais ce n’est pas la peine qu’on me le souhaite. De toute façon, je ne suis pas là.