D’abord, j’y suis allé parce que je croyais que j’allais être inscrit sur les listes érectorales et comme ça va bien de ce côté-là, merci, j’ai pensé que j’allais peut-être faire partie de ces élus qui sont reconnus pour leurs compétences. Surtout qu’avec les prochaines érections qui auront lieu en 2017, je n’avais pas envie de prendre le risque de rater le coche. Mais quand je suis arrivé à la mairie, on m’a contredit, en souriant (presque de façon moqueuse, oui, maintenant que j’y repense) certes mais on m’a contredit quand même.

Il n’était pas question de carte d’érecteur  mais de carte d’électeur. Pour les prochaines élections, pas pour les prochaines érections. Personne n’est encore capable de prévoir des bandaisons (même de crémaillère) plusieurs mois à l’avance… Bref, j’ai été limite ridicule mais je me suis vite rattrapé en disant que c’était bien ce que j’avais dit : que je voulais une nouvelle carte d’électeur avec ma nouvelle adresse et tout et tout. Et que ça ne m’empêcherait pas de rester ferme et dur en cas de besoin. Nécessité fait loi, comme on dit…

Mais quand j’ai vu qu’on prenait juste note de ma nouvelle adresse, j’ai demandé si je pouvais avoir le choix dans le style de carte d’électeur. On m’a regardé avec des yeux d’employé de mairie qui se demande s’il va y en avoir pour longtemps. Mais non, rapidement, on m’a dit que c’était valable pour toutes les élections quel que soit mon choix de vote. Ah bon ? On ne peut pas avoir une carte spéciale « envie de voter pour une femme », par exemple ? Ah non, monsieur. Vous avez le droit, voire le devoir de venir voter et vous avez tous les choix qui vous sont proposés.

Comme un vote contestataire, si vous voulez. Ah ben non, je n’en veux pas, moi du vote contestataire. Il y a trop de gens qui vont le faire. Non, moi j’aurais voulu une carte d’électeur plus originale mais aussi et surtout plus intelligente. Vous n’avez pas de carte pour un vote intelligent ? Ah  non, monsieur, ça n’existe pas. Vous votez pour ceux qui se présentent, ni plus, ni moins. Et je ne peux pas non plus voter avec ma nouvelle carte pour les élections américaines ? Ah non, monsieur, vous ne pouvez voter qu’en France, avec votre future carte.

C’est dommage car j’aurais bien aimé voter au féminin, pour les élections américaines, moi. Pas seulement pas conviction mais parce que, entre la peste et le choléra, je préfère la rhinite. Ou le rhume des foins. Et j’aurais bien aimé aller voter aux primaires Républicaines parce qu’il y a une femme, là et comme elle n’a pas beaucoup de chance, on dirait… Mais je ne veux pas donner 2 euros à un parti politique qui va peut-être s’en servir n’importe comment. On a déjà vu comment ça s’est passé jusqu’à maintenant.

Et je ne veux pas signer une charte comme quoi j’adhère aux valeurs d’un parti qui serait capable de revenir sur le mariage pour Tous, sur l’avortement et encore d’autres avancées sociales. Bon tant pis, mettez-moi une carte d’électeur premier prix. De toute façon, vu le niveau de la campagne, ça ne mérite pas plus. On ne va pas en plus s’investir pour des gens qui nous donnent l’impression de s’investir dans la vie de la cité alors qu’ils n’investissent que pour leur(s) propre(s). Je signe où ? Là ? Merci. Vous m’avez bien mis une carte d’électeur lambda, hein ?

En sortant, je suis passé chez Lidl. Et j’ai acheté une baguette après avoir flâné dans les rayons. Je n’avais rien envie d’acheter. Ou ne devrais-je pas écrire : j’avais envie de ne rien acheter ? En tout cas, je n’ai pris qu’une baguette. Pour mon sandwich de demain matin, au bureau. Parce que, malgré ce qu’ils disent, dans les instances des partis politiques, ils ne savent pas comment on vit, tous ces gens qui prétendent le contraire. Ils ne savent pas comment je vis. Et ils voudraient que je vote pour eux ? Donnez-moi autre chose, s’il vous plaît, donnez-moi autre chose.