Des fois, on a hâte d’arriver à un moment qu’on a attendu, qu’on attend depuis longtemps et en cours de route, soit les choses ne se passent pas comme prévu, soit quand l’instant T est là, on est déçu. Et on est rarement déçu en bien. Parce que c’est un peu le principe de tous les fantasmes. Tant qu’on les rêve, c’est extraordinaire et quand on les réalise, ce n’est pas tout à fait ça. La réalité nous tombe sur le coin de la gueule et la réalité, c’est toujours nettement moins beau que nos idéaux. Des idéaux, des mots…

J’imagine que ça doit se produire aussi pour la retraite, cette interminable attente et au moment où on dit au revoir à sa vie professionnelle, sous un air heureux, il doit y avoir un peu de cette peur qu’on n’ose pas nommer. Et pour combien, rapidement, c’est l’ennui et un sentiment d’inutilité qui les gagnent. Qu’on ne reconnaît pas quand on croise les autres. On ne va quand même pas leur dire qu’on regrette d’en être enfin arrivé là alors que finalement, on aurait pu attendre encore un peu, si on avait su.

Pour ma part, il y a déjà un moment que j’ai commencé à compter les années qui me séparent de cette probable libération. Putain encore un peu moins de cinq ans. Avec de la chance, pas plus. Mais… et si ça m’arrivait avant ? Je ne sais pas dire si j’en serais heureux. J’ai envie de répondre que peut-être bien que oui mais peut-être bien que non aussi. J’irai certainement de l’un à l’autre en me demandant toujours si j’ai fait le bon choix. Est-ce que ce bonheur tant espéré est un vrai bonheur ? N’ai-je pas lâché la proie pour l’ombre ?

Alors, quand je me projette dans ces quelques années à tenir, j’ai du mal à croire que je vais y arriver sans peine. Voire sans dommages collatéraux. Parce que je ne peux pas m’imaginer continuer à travailler dans des conditions telles que je les connais depuis un certain temps. Avec ce laisser-aller quasi permanent tout autour de moi. Et pourtant, et pourtant, et pourtant… si, il va bien falloir que je réussisse ce drôle de challenge. Sinon, ce serait abdiquer et ça n’est pas mon truc, quand on y regarde de très près.

Et si on me libérait avant pour de mauvaises raisons ? Je vais vous dire que j’aime autant ne pas y penser. Et pourtant, et pourtant, et pourtant, depuis quelques jours, j’ai surtout à en tête. Ça m’est très difficile de faire autrement. Il court des bruits qui me mettent en tristesse et presque en fureur. Imaginer se retrouver sans emploi à moins de cinq ans de la retraite, je ne suis pas sûr d’avoir envie de vivre cette expérience ultime. Alors, je vais faire une chose : essayer de ne plus m’impatienter comme je le fais depuis un an ou deux.