Jusqu’à hier, je n’en avais jamais connu un seul. Mais depuis hier, justement, j’en ai vu un pour la première fois et maintenant, je peux même avancer qu’on a fait un peu connaissance. Et je suis même probablement un des rares à pouvoir parler de lui, dire qui il était et à ne pas faire que pouffer quand on entend son nom. Parce qu’il fait partie de ces gens qui ont un patronyme difficile à porter. Ce n’est pas de sa faute et peut-être même qu’à l’époque où il a vécu, ça portait moins à sourire ou à rire qu’aujourd’hui. Et peut-être que je suis aussi un des rares à trouver son nom rigolo limite ridicule. Mais comme il n’est plus de ce monde, je ne le vexerai pas, il n’aura jamais su l’effet que ça m’a fait de le découvrir. Et c’est mieux, ça aurait été tellement désobligeant, je trouve.

J’étais avec le patron, je le reconduisais jusqu’au tram et nous avons pris un chemin de traverse histoire de ne pas faire le trajet que nous ne connaissions déjà. Et c’est là que j’ai vu cette toute petite rue, une rue de rien du tout avec son nom sur une plaque bleue mais un nom vraiment étrange voire loufoque qu’on a du mal à lire la première fois mais après, quand on s’y est fait, ça va. Je peux même le prononcer à toute vitesse sans bafouiller, c’est vous dire. Son prénom, c’est Gustave. À part Mahler, Flaubert, Eiffel, Courbet et Doré, tous morts, je n’en ai jamais vu un seul vivant. Il faut dire que ce prénom est tombé en désuétude alors qu’il est loin d’être moche. Mais je voulais surtout parler d’un Gustave, de mon Gustave depuis hier : Gustave Gounouilhou. Franchement, il faut le faire un nom pareil, non ?

Avec tout ça, de lire « rue Gustave Gounouilhou », ça m’a bien avancé. Parce que forcément, je me suis demandé qui était cet homme qui avait donné son nom à une si petite artère ? Même si c’est toujours mieux que rien. Eh bien, c’est un membre d’une grande famille bordelaise. Il est né en 1821 et il est mort en 1912. Il fut un grand imprimeur, un grand éditeur et fonda de nombreux périodiques qu’il dirigea. Je crois que rien que pour tout ça, j’aurais beaucoup aimé le connaître. Enchanté monsieur Couillounou… euh, Gounouilhou, excusez-moi… Oui, ça, ça aurait pu facilement m’arriver. Donc, mieux vaut qu’on ne se soit pas connu. Ou alors, il aurait été tellement vieux que probablement il ne m’aurait pas reçu. Ou alors, c’est moi qui aurais pu naître un siècle plus tôt mais alors, je n’aurais pas connu sa rue. Et je n’aurais même pas pu parler de lui dans mon blog car à l’époque, ça n’existait pas. Donc, dans tous les cas, nous nous serons manqués  dans nos vies respectives. En tout cas, ravi de faire sa connaissance. Malgré mon envie de rire. Avec tout le respect que je vous dois. Que je lui dois.