Ça m’agace, j’ai un poil dans le nez qui me chatouille. C’est souvent du même côté, à gauche, le côté du cœur que ça m’arrive. Je dois être plus sensible de la narine sénestre. Plus chatouilleux, aurais-je dû dire, d’ailleurs. Je suis également assez chatouilleux sur le bon mot, sur le bon vocabulaire. Mais aussi un peu pointilleux. À la fois sur ce que j’ai envie de dire mais aussi sur les poils qui dépassent. Surtout les miens parce que les poils des autres, soit je m’en contrefiche, soit ça me dégoûte. Et je ne parle que des poils extérieurs, ceux qu’on voit. Les autres, ça relève de l’intime et là, je prends un joker. Et que personne n’insiste, je n’en dirai pas plus sur ce sujet précis.

Quand j’irai prendre ma douche, tout à l’heure, il faudra que je pense à y regarder de très près, à ce poil qui me chatouille la narine à dia. Parce que je le couperai illico presto d’un coup de ciseau dans le naseau. Et comme ça, quand je respirerai, ce que je fais à longueur de jour et de nuit, quand je respirerai, je n’aurai plus cette sensation désagréable de le sentir vibrer au point de vouloir l’arracher, ce dont je suis incapable car je suis trop douillet pour ça. Le mieux, c’est lui couper l’herbe sous le pied pour qu’il ait besoin d’un certain temps pour pousser et remontrer le bout de son nez. Et je le jetterai dans une poubelle ou par-dessus le parapet de la terrasse.

Autant en emportera le vent. Et aujourd’hui aura été encore un jour sans possibilité de faire la sieste. Comme hier, j’ai reçu un artisan pour la gouttière de la terrasse. Un mec très sympa, un ancien bidasse qui avait des poils qui sortaient de ses deux narines, lui. Mais j’ai essayé de ne pas polariser sur ça. Je l’ai écouté car il était sympa, semblait très pro et il a été d’une drôlerie inattendue. Nous avons ri comme si nous étions des potes. Une rencontre au poil, si je puis dire. Ça a duré un peu plus d’une heure. Ensuite, j’ai eu Frank au téléphone. Je n’avais plus de nouvelles de lui depuis environ six mois. Mais si, vous savez bien… Frank, qui n’a plus un poil sur le caillou. Bon tant pis. Moi, ça m’a fait plaisir. C’est le principoil.