Ça pourrait être l’histoire d’un vieux loup de mer qui aimerait aller au bar. Au petit bar du coin. Et c’est là que ça serait très drôle mais pour ceux qui ne connaissent pas l’astuce, forcément, ça n’a pas un grand intérêt, comme début d’histoire. Ça ne leur fait pas dresser l’oreille avec l’envie et la curiosité d’en savoir (beaucoup) plus, un sourire aux lèvres devant une telle promesse de bon temps à venir. Alors que ceux qui ont compris du premier coup, ils vont se dire, encore une fois : mon Dieu (mais vous pouvez m’appeler Stéphane !) ce qu’il est drôle, ce Stéphane (finalement, mon Dieu, ce n’était pas si mal que ça !...)

Je pense que l’accroche d’une histoire drôle ou d’une anecdote destinée à faire rire, c’est comme la visite d’un appartement ou d’une maison. Dès les 90 premières secondes, dès le premier regard, en fait, on sait déjà si ça sera oui ou non. C’est rarement peut-être. Eh bien, quand quelqu’un commence à raconter quelque chose avec les yeux qui pétillent et l’air malicieux, c’est pareil, il faut que la première phrase, celle d’accroche, donne vraiment l’eau à la bouche, sinon, on n’écoute que d’une oreille et on perd le fil et l’autre, il vit un moment de solitude pas très agréable. Après, reste la qualité de son auditoire…

Oui, parce que même avec une bonne accroche, si le public qui écoute ne comprend pas ce qui est dit, on fait un flop quand même. Sauf que dans le for intérieur de celui qui rapporte l’histoire, tout est bien, tout est drôle et tant pis pour ceux qui n’ont rien pigé. Ce n’est pas de sa faute à lui s’il a affaire à des béotiens. Si son public est un public de deuxième catégorie. Ou alors, il faut qu’il s’explique : le vieux loup de mer doit être légèrement pédophile car il se tape des jeunes bars. Le vieux loup de mer. Il va au bar. Les loups de mer et les bars, c’est la même famille. En plus, c’est incestueux. Donc, encore plus rigolo. Enfin, dans le contexte de cette phrase.