Encore une info insolite qui me fait me poser beaucoup de question sur la bonne santé mentale de ceux qui ont créé ça. Non pas que tous les autres soient fous mais pas moi, bien entendu mais de là à penser que beaucoup de mes contemporains ont un grain dans le ciboulot, il n’y a qu’un pas que je suis prêt à franchir et même deux fois, s’il le fallait. La preuve ? En parcourant un numéro du mensuel de cuisine Gourmand, j’apprends que la rédaction a beaucoup aimé ce qui suit : du tatouage en cuisine. C’est le titre de l’entrefilet (grillé sauce béarnaise ? Non, qu’on ne me parle plus de sauce béarnaise au restaurant, ça m’évoque un mauvais souvenir… Christiane…)

Il paraît que Franck Radiu, un ancien candidat de Top Chef et ami du (grand) chef Pierre Augé, s’est lancé dans un concept plus con que cept, à mon avis mais je reconnais humblement que cet avis n’engage que moi. Il s’agit de GastronomInk. Certains vont penser qu’il s’agit d’un truc asiatique ou quelque chose à voir avec la cuisine moléculaire (molécule, comment veux-tu ?) Non, beaucoup plus simplement, pour ne pas dire bêtement, il a envisagé d’associer l’art de la table avec celui du tatouage. Pardon, avec celui du tatoo. Il faut être tendance ou ne pas être. Comme disait Hamlet (aux truffes ?) et c’est là où le bât blesse, comme disait Aliboron.

Le principe est facile à comprendre : on vient manger chez lui et pendant ce temps-là, on se fait tatouer. Oui, mais alors, pourquoi ne pas pousser le bouchon un peu plus loin et assumer la connerie jusqu’au bout : ouvrir un restaurant toilettage pour chien (pendant que la maîtresse déjeune, on s’occupe du chien, à la même table, évidemment) ou un fast-food photomaton (pendant qu’on mange, on est pris en photo) ou encore une pizzeria-carte grise (pendant qu’on vous fait la pizza, on vous fait votre document et vous repartez avec la pizza cuite)… Ou le restaurant d’autoroute-coloscopie. Pendant que vous mangez de façon pas terrible, on observe vos intestins.

On peut encore en inventer des plus ou moins crétins, des concepts de restaurants thématiques. Tiens, par exemple, le déjeuner-divorce (pendant votre pause déjeuner, un avocat –vinaigrette ? -  vient plaider votre cause contre la partie adverse) ou un salon de thé-laboratoire d’analyses (pendant que vous sirotez votre boisson chaude tout en dégustant des petits gâteaux, on vous prend du sang ou de l’urine – reste à faire attention à bien vérifier le thé qu’on vous sert, on ne sait jamais) ou une crêperie-mammographie. Pendant que vous vous régalez d’une bonne crêpe au chocolat, on vous aplatit le sein pour vérifier que tout va bien. En espérant que tout aille bien.

Après, il y a aussi le pire du pire : un lieu pour déjeuner très moyennement bien pendant qu’on vient vous faire un pansement ou un soin (ça s’appelle un hôpital, je sais, celui-ci n’est pas très nouveau) ou une cantine d’école-salle d’examens (on ne vous sert dans l’assiette que si vous connaissez vos leçons ou que si vous pouvez réciter le poème qu’on vous a demandé d’apprendre) ou une sandwicherie-dentiste (dans chaque pain, il y a un truc très dur pour vous casser une dent et comme le médecin est sur place, c’est génial)… Non, moi, je dis que le mieux, c’est de manger sans rien faire d’autre quand on va au restaurant. Et surtout pas de se faire tatouer en même temps.