Y a des jours, on pourrait se croire dimanche mais non, est bel et bien lundi. Un lundi vaguement, non, largement comme tous les autres. Avec son lot de corvées, de courses, de choses à faire. Avec sa séance de cinéma à venir comme avant le déménagement. Avec ses préparations en cuisine pour clôturer une journée qui est comme le dimanche des autres, des gens normaux, qui ont la fin de semaine comme week-end alors que moi, j’ai la fin et le début de semaine, le dimanche et le lundi. Je ne me plains pas, ça me va très bien, au contraire. Je me plains juste qu’on soit déjà lundi car le temps a passé tellement vite, ces dernières trente-six heures… je n’en reviens pas comme on en revient toujours au même. À l’éternel retour des choses. Ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits riens.

Y a des jours, on ferait mieux de ne pas les connaître. Et les sauter. Non, ça n’est pas une si bonne idée que ça. Car si on sautait le lundi, comme aujourd’hui, ça voudrait dire qu’on passerait directement du dimanche au mardi et ça n’arrangerait pas mes affaires. Un jour de repos en moins, non, décidément, ça ne me va pas. Ça ne me va pas au teint. De toute façon, déjà que le lundi, c’est un jour entre deux. Particulièrement entre deux. Entre deux eaux… Comme une petite fin du monde à chaque fois renouvelée. Justement, tiens, hier, je suis allé voir Juste la fin du monde, le dernier Xavier Dolan et j’en suis sorti un peu abasourdi d’une telle virtuosité dans la mise en scène et la direction d’acteurs mais un peu sceptique quant à pourquoi ils passent leur temps à s’engueuler un dimanche, ces gens-là…

Y a des jours, on aurait des envies de grands espaces et de grand air. D’avoir du temps devant soi et quand on s’approche du parapet, du garde-fou, le seul vide qu’on voit c’est celui d’une certaine vacuité. Le lundi est un jour vain. Chaque lundi, on est le vain du mois. Alors, pour tenter de m’en sortir, de sortir de cette ambigüité, je pense que je vais retourner au cinéma, tout à l’heure. Et j’irai voir Franz, le dernier François Ozon. Parce que hier, je suis arrivé trop tard, la séance avait déjà commencé. Et aujourd’hui, on est lundi et on peut se demander si ça n’est pas aussi et déjà trop tard. La semaine est déjà commencée. Mais non, j’ai encore quelques heures devant moi. À moi de bien les remplir. Il sera toujours temps de faire un bilan ce soir. Ou demain. Car demain est un autre jour. Taratata… Si, demain est un autre jour. Et là, il ne faut surtout pas que j’oublie qu’on est juste lundi. Ça n’est pas si grave que ça.