Depuis une grosse semaine, nous avons un client, un restaurateur de St Émilion qui vient nous prendre de la marchandise, principalement en fin de semaine. Il vient, il ne dit pas bonjour à tout le monde mais se plaint quand tout le monde ne le salue pas. Il prend les gens pour des larbins, se croit le maître du monde alors que c’est faux, parce que le maître du monde, c’est moi, évidemment. Et forcément. Mais bon… Et il a fait des réflexions à au moins trois de mes collègues et ne passe auprès de personne. À tel point que même Édouard, un gars qui pourrait être l’incarnation même de la gentillesse, même Édouard parle de lui en l’appelant Le connard avec un L majuscule. Et hier, le client en question, Le connard est venu passer une commande à prendre ce matin. On m’a prévenu : « tu n’as pas de chance, il va t’embêter, demain matin ! »

Effectivement, il y avait bien une commande pour lui. 4 colis mis de côté. Il devait passer vers 8h30. Comme je ne savais pas s’il y aurait un commercial de permanence, je m’étais préparé à le recevoir et j’avais déjà prévu de ne faire que lui ouvrir la porte et n’accepter aucune contestation dans sa commande, aucune annulation et encore moins quelque ajout que ce soit. C’était sans compter qu’il allait y avoir un commercial de permanence, j’avais oublié ça, comme tous les samedis. Et coup de chance, c’était justement Édouard, le gentil. Et à un moment, ce dernier est venu me dire que Le connard arrivait. Je lui ai dit que j’aimerais bien l’apercevoir. J’ai été servi car mon collègue l’a fait passer par mon bureau et quand je me suis retourné, pour voir le Connard en question, je l’ai reconnu. Je suis allé lui serrer la main en lui demandant : « vous allez bien ? »

Bien sûr, Édouard s’est trouvé très étonné pour ne pas dire sur le cul. Nous avons papoté quelques minutes avec le client et j’ai fait ce que je devais faire : politesse et léchage de pompes. Un client est un client, après tout. Quand il est parti avec sa marchandise, mon collègue est venu me dire : « Tu le connais ? » « Bien sûr, c’est un ami de mon beau-frère ! » Si vous aviez vu sa tête, c’était très drôle mais comme je l’aime bien, Édouard, je lui ai rapidement dit que je blaguais. Que je connaissais Le connard qui est un copropriétaire dans la résidence de mon ancien appartement. Et j’ai confirmé que je ne l’aimais pas vraiment. Mais ça prouve une chose, quand on parle de quelqu’un, on ne sait jamais si ça peut faire de la peine ou choquer celui à qui on en parle. Mais là, en l’occurrence, comme Le connard est vraiment un connard, ce n’était pas si grave que ça.