J’ai passé un week-end familial très sympa et très cruel. Très sympa car, comme je l’ai déjà écrit dans les deux billets précédents, j’étais avec tous mes oncles et tantes (ou presque puisque Gilbert manquait à l’appel) et parce que des moments précieux comme ceux-là, c’est sans doute depuis seulement quelques années que je suis capable de les apprécier. À leur juste valeur. Pendant près de vingt-cinq ans, je n’ai vu personne ou si rapidement que ça ne compte pas, dans cette famille que j’ai peut-être fui mais pas parce que je ne les aimais pas, non, parce que j’avais ma vie à construire et que je n’ai pas pensé à eux. Et le temps ayant fait son travail de sape, après, c’était un peu compliqué de revenir. Même après la grande réunion de 2001 dont je n’ai pas tant de souvenirs que ça. Mais qui m’a permis de retrouver Isabelle, ma cousine, ma comparse.

Ce week-end fut sympa car nous avons pris le temps d’en passer ensemble. Bien sûr, j’aurais aussi aimé qu’on ne soit pas aussi longtemps assis à des tables pour des repas évidemment trop longs et, finalement, trop lourds mais il n’a pas été question qu’on aille se promener. Il faut dire que la météo n’a pas été si clémente que ça. Du coup, on est resté quasiment tout le temps enfermés. Ça devait se passer comme ça. Mais ce fut aussi un week-end cruel à deux niveaux. Le premier parce qu’il a sonné la fin de mes quinze jours de vacances. Deux semaines pendant lesquelles j’ai failli me croire déjà en retraite alors que non, pas du tout. Et la chute sera d’autant plus terrible que je m’y suis cru vraiment, à de nombreuses reprises. Mais non, j’ai encore cinq ans à faire. Cinq ans à subir. Cinq ans à patienter. Si j’en suis capable. De patiente. Ça, ça n’est pas gagné.

Et la deuxième raison pour laquelle ce fut un week-end cruel, c’est que même si je n’étais que le troisième plus jeune, de toute l’assemblée, tout d’un coup, j’ai pris un coup de vieux. Prends ça dans les cheveux blancs, Stéphane. Ça t’apprendra. Ah ça oui, ça m’apprendra. Et quand je pense que le plus jeune, le petit Steve, avait 44 ans, je suis un peu comme la serveuse du restaurant de samedi midi, j’en ai les bras qui me tombent des mains. Et quand je vois qu’il est parti dès dimanche matin, on a pris 8 ans de plus en une nuit. Tout d’un coup, l’indicateur de la moyenne d’âge a fait un bond vers le haut et je peux vous dire que si vous vous trouvez sur son chemin, ça fait mal de le prendre dans la tête. Ma foi, j’ai fini ce week-end deuxième, sur le podium. C’est ainsi. Je n’ai pas le choix. Je fais encore partie des plus jeunes mais des plus vieux parmi les plus jeunes.