Mettons que le salaire horaire serait de 20 euros nets. Une première fois une heure et demi et là, deux fois quatre heures et demie, ça fait donc un temps de travail de dix heures trente. À 20 euros de l’heure, ça fait un total net de 206 euros dans la poche sauf que je dois partager avec Cécile qui a fait  quatre heures et demie avec moi, ce matin. Si je lui donne le même salaire net qu’à moi, je lui dois 86 euros et comme je trouve que ça ne fait pas un compte rond, je pense que je ne vais lui donner que 50 euros. Elle n’est pas obligée de savoir que j’en prends 20 de l’heure. Après tout, 11,628 euros de l’heure, c’est bien pour une femme de sa taille.

Je précise de sa taille car si j’écris que 11.628 euros de l’heure, c’est bien pour une femme, je risque d’avoir toutes les associations de féministes, de transgenres et de camionneuses qui vont me tomber dessus. Donc, qu’on soit bien clair, 11.628 euros de l’heure, c’est bien pour une femme de moins d’un mètre soixante. Après tout, pourquoi ne pas indexer les salaires sur la taille des gens. Parce qu’on a forcément plus de besoin quand on est grand que quand on est petit : on a besoin de nourrir plus de corps, on s’habille plus grand et tout et tout. Et c’est un petit qui vous le dit, alors qu’on ne me taxe pas de discriminateur. Ce n’est pas du tout mon genre.

Qu’on ne me taxe pas du tout, d’ailleurs. Ou alors, à hauteur de ma propre hauteur. Après tout, si les grands gagnent plus et ont une meilleure visibilité sur le monde qui les entoure, qu’ils paient un impôt spécial à ce sujet. Mais ça, c’est un autre débat que j’aborderai peut-être un jour où je serai moins fatigué. Parce que là, avec Cécile et sa salopette orange, on a mis quatre heures trente à deux, ce matin, pour terminer de monter le meuble vestiaire de l’entrée. Et moi, j’avais déjà mis une heure trente tout seul, il y a une semaine, pour débroussailler le terrain. Autant vous dire que je suis crevé. Et que j’ai bien mérité mes 206 euros puisque Cécile n’a rien voulu, finalement.