Finalement, on n’est jamais sûr de rien. On ne peut compter sur personne, tout compte fait. J’aurais dû et j’aurais pu m’en douter mais parfois, j’ai encore un peu de naïveté en moi, une naïveté résiduelle. Et je pense que c’est bien d’en avoir quelques miettes au fond de moi sinon, si j’étais complètement incrédule, systématiquement sceptique ou totalement pétri de certitudes (voire les trois à la fois), la vie n’aurait plus aucun charme. Au moins là, j’ai encore quelques surprises, des petits moments de plaisir, des moments papillons, vous savez, ces moments éphémères qui s’envolent vite mais qui font beaucoup de bien quand ils passent, même s’ils ne durent jamais longtemps. En tout cas, là, juste alors que je commençais à débarrasser la table du déjeuner, sur la terrasse, je viens de vivre un de ces petits bonheurs fugaces.

Un petit bonheur d’autant plus appréciable que ce n’était vraiment pas prévu. Ceux qui me suivent dans ce blog (bienheureux soient-ils tant ils sont rares) avec une certaine assiduité vont très vite comprendre de quoi je parle. Dès que je vais leur rappeler qu’il n’y a pas si longtemps que ça, trois jours à peine, j’ai fait le pied de grue pour rien sur ma terrasse, le matin tôt. Quand je dis tôt, c’est à 7 heures que ça devait se passer et j’étais prêt un peu avant. Mais un petit empêchement de dernière minute m’avait privé de ce rendez-vous que je m’étais fixé, possible seulement ce jour-là dans la semaine et uniquement à cet instant-là. Parce que c’est ainsi que ça se passe, parfois. Ou souvent. Comme une punition qui viendrait de quelque chose de plus que nous. Ou comme une épreuve à subir pour apprendre à patienter quand on désire quelque chose.

« Désirer » quelque chose est un mot un peu fort car en réalité, ce que je voulais, c’était voir le grutier monter les échelles qui le mènent à sa cabine de pilotage. Et comme il n’y a que le lundi comme jour ouvrable où je peux espérer l’observer à la dérobée… si je le rate une fois, il me faut attendre une semaine de plus pour tenter de réussir la fois suivante. Mais ce midi, il a dû aller déjeuner avec ses collègues et je l’ai aperçu alors qu’il continuait de monter, ce qu’il avait déjà commencé à faire sans me prévenir. J’ai tout de suite pris les jumelles pour mieux me régaler de cet homme (pas tout jeune) qui grime là-haut comme pourrait le faire un singe, sans peur et, j’espère, sans reproche. Il fait une pause à chaque changement d’échelle en regardant partout autour de lui. Est-ce parce qu’il a quelque chose à cacher ou à se reprocher ? Et il finit par arriver sur la plate-forme qui le conduit à sa cabine. Et là, j’ai reposé les jumelles et je suis venu écrire ce billet.